Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 11:22
 

Gatak et Komal connaissaient les égouts comme leurs poches, s'ils avaient pu en avoir. A force de les arpenter en long et en large en tant qu'éclaireurs du Grand Tanarbrak retrouver un démon renégat parmi le dédale de tunnels passait pour un jeu d'enfants, ajouter que celui ci, devenu impotent, ne serait pas en mesure de se préparer à leur attaque et de les repousser. Ainsi ils étaient partis vers les souterrains confiants au devenir de la mission. Elle serait correctement effectuée et leur grand roi , satisfait de leur travail, les gratifierait peu être par un grade supérieur ou une récompense tiré de son trésor personnel. En partie aveugles les goules comptaient davantage sur la finesse de leur odorat. Elles filtraient toutes sortes d'odeurs et même parmi ce miasme nauséabond elles parvenaient à différencier la moindre effluve. La trace olfactive d'un démon serait aussi visible qu'un point rouge au milieu d'un panneau blanc. Leur traque s'étalait exclusivement sur le réseau externe des tunnels. Les gardes postés aux entrées principales de l'antre labyrinthique de Tanarbrak constituaient un solide barrage où la présence du renégat aurait été immédiatement décelée, il fallait donc concentrer les efforts sur le vaste réseau extérieur, là où Glikar avait pu déposer le renégat sans risquer de se perdre. Vu la configuration restreinte des tunnels l'avance de ce dernier ne pouvait être que réduite et très limitée dans l'espace bien qu'ils ignoraient si cette créature démoniaque était en mesure de les voir dans le noir. Dans ce cas l'effet de surprise serait réduit à néant, il faudrait alors improviser et sans doute se battre. Les deux goules évoluaient côte à côte grâce à leurs quatre membres agiles telles deux grosses araignées sinistres et s'arrêtaient parfois pour humer l'air de concert et changer de direction. Elles évitèrent une équipe de techniciens humains affectés à curer un tunnel bouché et passèrent dans leurs dos sans qu'ils se rendent compte de leur machiavélique présence. En général ils évitaient toute forme de contact rapproché avec les humains, Tanarbrak ne désirant pas attirer l'attention sur sa meute pour des motifs aussi futiles que vouloir croquer un bout d'homme. Komal réprima un râle d'insatisfaction, il était dur de résister à l'attrait de la chaire si proche et si tentante mais la crainte des représailles exercées par son seigneur fut plus forte que ce désir rapidement réprimé. La chaire de démon avait bien meilleur goût.

 

 

 

 

Publié dans : Chapitre 2 - Communauté : le club du fantastique - Par Monroman
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 20:54
 

Le primo commandant faisait les cent pas les mains dans le dos, inquiet. Face à lui les deux gardes d'élite encadrant la porte du bureau de son supérieur restaient impassibles comme des statues de marbres centenaires, leurs fusils d'assaut m16 maintenus le long de leurs jambes écartées. Sa convocation n'avait pas tardé à tomber le soir même, telle une douche froide annonciatrice de son éventuelle éviction. Le bilan était lourd: une unité de reconnaissance au tapis, des tas de témoins visuels et deux démons en fuite. Pour arranger le tout les vidéos prises par les téléphones portables et diffusées sur internet battaient des records de consultation ce qui ne faciliterait pas le travail des équipes de désinformation. Bon allait jouer très serré pour sauver son poste...et sa peau. Il s'avança près de la large baie vitrée de la salle d'attente, elle offrait une vue imprenable sur les bords de la Tamise enveloppés par la nuit. La clarté pâle de la lune illumina son visage fermé par la tension.

Une secrétaire aussi froide qu'un iceberg entra dans la pièce et l'invita à la suivre d'un geste de la main. Ce qu'il fit. Elle le guida vers la porte gardée et ils empruntèrent un couloir étroit aux murs de verre opaque. C'était la première fois qu'il venait en ces lieux, le centre névralgique de toute l'organisation en Europe. Situé au sommet d'une tour d'affaire londonienne, elle avait pour façade légale une banque de renommée mondiale. Le couloir débouchait sur un ascenseur cylindrique aux parois de métal polies. La secrétaire l'informa qu'il allait continuer tout seul à partir de ce point. Elle glissa une carte magnétique dans la fente, les portes s'écartèrent pour l'accueillir. Bon entra plus angoissé que jamais et tenta de chasser la moiteur de ses mains pendant les quelques secondes d'ascension jusqu'au niveau « penthouse » où la machine stoppa. La gorge nouée, il sorti en serrant la poignée de sa mallette. Ce qu'elle contenait allait peut être sauver sa tête. L'ascenseur donnait directement au centre d'un immense bureau vide, sans décoration ni meubles, moquetté de blanc. Détail surprenant: il n'y avait aucune fenêtre ou vitre, que des murs gris béton. Non éclairé, seule une petite lampe brillait au fond de la pièce éclairant trois fauteuils en cuir rouge dont deux étaient occupés par des hommes dont il ne connaissait l'identité que d'un seul.

  • Approchez primo commandant, venez vous assoir avec nous que nous discutions dit Steven Gardon, le superviseur du secteur Europe, en tapotant de ses gros doigts sur le fauteuil restant.

    Petit et gras, il semblait mal à l'aise et se contorsionnait sans cesse pour trouver une meilleure assise. Son allure excentrique composée d'un pantalon de velours orange surmontant des chaussures italiennes marron accompagné d'une veste en tweed verte rayée un peu juste par rapport à sa bedaine contrastait avec sa tête chauve et rondouillarde au teint terne. Une paire de lunettes de soleil aux verres noirs que la lumière de la lampe n'arrivait pas à transpercer dissimulait ses petits yeux enfoncés dans leurs orbites. Un véritable empereur des temps modernes aux moyens d'actions illimités. Des milliers d'hommes et de femmes travaillaient sous ses ordres dans les principales capitales européennes pour veiller au maintien de la divinus pax. Discret et réservé, peu de responsables se vantaient de l'avoir rencontré car ,en de pareils cas, c'était toujours mauvais signe pour le convoqué. Bon faisait désormais partie de ce groupe.

    L'autre homme, un inconnu, devait approcher les quatre vingt ans. La peau piquée ici et là de tâches brunes, sèche et ridée collaient à ses maigres os anguleux. Les quelques cheveux blancs qui lui restaient sur la tête tombaient en cascade sur ses frêles épaules et déposaient sur le haut de son costume de luxe une myriade de fines pellicules blanches. Une vraie momie ressuscitée. Seuls ses yeux verts vifs et brillants démentaient son apparence grabataire.

    Bon s'exécuta en inclinant la tête et posa sa mallette sur le côté droit du fauteuil.

  • Monsieur Bon déclara Gardon permettez moi de vous présenter Carelis, un envoyé spécial du Conseil.

    L'émissaire sourit froidement à cette brève présentation. Comme l'imposaient les usages le primo commandant se releva et s'empressa , un genou à terre, de baiser sa main gauche avant de revenir s'asseoir. La présence d'un ange marquait la gravité de la situation et n'avait pas de quoi le rassurer, les yeux baissés sur la moquette immaculée il n'osait pas croiser son regard surnaturel. De sa carrière Bon n'avait approché un ange qu' une fois, au tout début, lors de la prestation du serment. L'être éternel, ayant les traits d' un jeune homme à la beauté magnifique, avait alors posé une main réconfortante sur son cœur avant de repartir vers les autres novices alignés en rangs. Un moment solennel d'une intensité émotionnelle incomparable qui avait marqué sa vie à tout jamais. Élus de Dieu, ils guidaient et aidaient les humains dans leur lutte contre les forces du mal.

  • Ils tiennent à entendre directement votre rapport poursuit Gardon avec une voix détachée comme s'il se rangeait de leur côté. Nous vous écoutons primo commandant. Prenez tout votre temps et n'omettez pas l'essentiel.

    Bon se serait bien enfui par les fenêtres s'il y en avaient eue. Durant le trajet il s'était préparé à cet interrogatoire mais la présence imprévue de l'être céleste ruinait ses plans. Déstabilisé, Bon perdait petit à petit confiance en lui pour ne trouver qu'une anxiété grossissante où bouillait l'incertitude, l'embarras et l'hésitation. Il ravala sa salive, son cœur s'emballa. Le primo commandant ouvrit sa mallette, elle semblait bien lourde, et sortit un dossier épais qu'il déposa sur ses genoux. Bon le connaissait par cœur mais il voulait avant tout faire bonne impression à ses supérieurs; ces longes pages de rapports offraient en outre un refuge pour ses yeux fuyants. Sa bouche s'anima, fébrile.

  • Ce jour à 18 heures 47 notre station directrice Centre – Ouest basée à Paris à capté un signal démoniaque au niveau de la place Concorde. Un signal faible, très faible. J'ai alors levé le niveau d'alerte et envoyé toutes les unités disponibles sur place, conformément aux protocoles en vigueur. Suite à un incident technique je ne disposais plus que d'une section de pisteurs composée d'un vétéran et d'un nouveau. Le démon prenant la fuite à vitesse croissante s'est déplacé vers l'avenue des Champs Elysées et la remonté en faisant fi des Lois. Sa route allait croiser celle de mes pisteurs venant en sens inverse. Cependant un autre démon est apparu sur nos radars. Celui ci c'est chargé d'intercepter les pisteurs et de les éliminer avant de disparaitre. Entre temps le premier démon a choisit de gagner les hauteurs pour faciliter sa fuite. Il est resté sur le toit d'un immeuble une longue minute à observer l'avenue avant qu'une ombre ne l'emporte vers une destination inconnue. Cette ombre serait le second démon. Les deux hommes avaient écouté, stoïques. Bon se surprit d'avoir pu parler aussi librement sans être interrompu. Sa gorge, asséchée, le brulait. Le Superviseur croisa les bras sur son ventre et sembla un instant dans ses pensées. L' ange quant à lui ne bougeait pas comme s'il faisait partie intégrante de son fauteuil. Voyant le silence s'installer le primo commandant prit une grande inspiration et continua.

  • Nous avons extrapoler nos vidéos ainsi que celles du public qui malheureusement ne manquent pas . Le premier démon courrait trop vite pour qu'on ait de lui une image nette et précise. Les appareils photos ou les portables n'avaient pas de zoom assez puissants pour zoomer sur sa tête tandis qu'il se tenait debout sur le toit, le seul moment où il était enfin immobile et photographiable. Tout ce que l'on voit est un jeune âgé entre 20 et 25 ans, de race blanche, nu, avec une grosse blessure au bas ventre sur laquelle je reviendrai ultérieurement dans mon exposé. Quand à l'autre démon nous ne disposons d'aucun support visuel. Les signaux donnent par contre des résultats inverses. Le signal du premier démon était jusque là inconnu de notre base de donnée. Les fréquences du second correspondent en tout point à un démon appelé Glikar. Bon osa jeter un bref coup d'œil en dehors de ses pages pour observer la réaction de Carelis Celui ci restait toujours aussi impassible mais l'humain fut prêt à jurer qu'il avait vu une lueur étrange passer dans ses yeux de corail. C'est un démon du troisième clan et de neuvième génération. Les trois derniers contacts que nous avons eu avec lui datent un peu, ils remontent respectivement à 1617, 1793 et 1889, tous en France. Sur ces trois rencontres Glikar a systématiquement préféré prendre la fuite que de nous affronter. C'est un être solitaire et isolé, nous ne lui connaissons aucune allégeance ou troupe de familiers. Nous ne possédons pas encore d'autre information à son sujet mais on creuse du côté des archives divines. Bon fit une pause calculée pour reprendre son souffle. Il avait parlé trop vite, il en était sûr. Il reprit son courage à deux mains et poursuivit en essayant de ralentir le débit de ses mots et de freiner le tremblement de ses mains tenant les feuilles. J'ai personnellement relu les rapports de la police. Des passants ont fait appel à eux pour un exhibitionniste signalé en pleine voie de circulation, place Concorde, c'est à dire au même niveau et au même moment que l'apparition notre petit signal. Or à cet endroit se trouvait un des fourgons de la morgue de Paris, vide. Après enquête il apparaît qu'il transportait le corps d'un jeune homme, Vincent Caron, assassiné cet après midi avenue Mozart à Paris d'un coup de couteau. Le tueur à l'identité ignorée court toujours. Paradoxe: tout porte à croire que le premier démon est ce Vincent Caron et problème, rien n'indique que s'en est un. Je m'explique. Il est né à officiellement le 3 décembre 1976 à Avignon. Fils unique d'une famille modeste sans histoire. Éducation classique, collège, lycée et faculté comme des centaines de millions d'adolescents de part le monde. Il terminait ses études en journalisme dans la capitale grâce à une bourse d' État. Pas de surveillance, pas d'alerte. Bref plutôt le profil d'un humain non affilié. Son signal a été décortiqué par nos analystes. Il fréquentait à de très basses ondes, quasiment indétectables. Une prouesse. Le corollaire à cette émission d'énergie, si basse soit elle, est l'usage d'un pouvoir: mais lequel et dans quel intérêt ? Quel démon prendrait le risque de se faire repérer au beau milieu de notre zone de défense ? Au début nous avons d'abord pensé à un piège: un leurre chargé de nous mener en plein chaos. Ce ne fut pas le cas: seulement deux démons fuyards pas du tout motivés par le combat direct. Une diversion ? Il n'y a pas eu d'autres manifestations hostiles de la journée. Voulaient ils tester notre

    capacité de réaction en vue d'une opération de grand ampleur? Ils sont en infériorité numérique avec peu de ressources. Autant survivre caché. Les signaux se perdent ensuite dans une rue parallèle, nous y avons retrouvé une bouche d'égout ouverte. Les deux démons se sont enfuis par là, ça ne fait aucun doute. Bon s'arrêta et humidifia son palais avec sa mangue.

    Un instant les deux hommes se regardèrent, le primo commandant étant sûr que Carelis parvenait à voir l'expression des yeux de Gardon à travers ses verres sombres comme s'il était à découvert.

  • Les égouts répéta pensif le superviseur en prenant la parole comme s'il avait besoin de réentendre ce mot écœurant sortir de sa propre bouche. Une plaie béante dans son dispositif de sécurité dont il n'arrivait pas à se débarrasser et qui devait sans doute hanter ses courtes nuits. Il n'aurait pas hésité à ensevelir Paris sous des tonnes de bombes pour anéantir définitivement ces abris et les vermines infectes y résidant.

  • Tout à fait monsieur, d'après nos renseignements la zone est infestée de goules et leur chef se plait à se faire nommer Tanarbrak l' insaisissable.

    Un tic nerveux parcouru le visage de Garden de droite à gauche. Il leva un doigt boudiné en signe de protestation.

  • Je connais son nom primo commandant, inutile de me le rappeler ici trancha t il avec amertume. N'oubliez pas que j'ai eu à le combattre à plusieurs reprises pour la gloire du Seigneur. Il avait volontairement opté pour employer le mot combattre, plus commode, à la place de celui de défaite, plus réaliste. Avez vous préparé une opération d'exfiltration ?

  • C'est en cours. Je comptais employer nos nouveaux drones de combat, les fameux sectors. Mais pour cela il me faut votre accord écrit.

    Bon connaissait l'opinion de son supérieur sur le sujet: les machines ne pouvaient et ne pourraient jamais remplacer le bras armé de l'homme dans leur lutte du bien contre le mal. L'humanité devait se battre fièrement avec les anges pour seul appui. Les employer serait une lâche supercherie: comment des machines, dénuées d'amour envers Dieu, pouvaient elles combattre ses ennemis jurés? En temps normal cette demande aurait été balayée d'un geste dédaigneux de sa main. N'avait il pas inutilement envoyé à la mort des dizaines de fidèles et de soldats pour la cause ? Les circonstances actuelles changeait la donne et Garden, tenu malgré tout aux résultats, ne pouvait perdre la face en la présence d' un ange.

  • Les derniers essais n'ont pas été pleinement concluant, ils manquent en outre de fiabilité remarqua t il en se redressant. Garden ne lâcherait pas aussi facilement.

  • Certes superviseur cependant ils sont tout à fait appropriés pour une utilisation souterraine. Bien employés ils peuvent se révéler redoutables en terrain hostile. Nous avons modifié leur armement pour les rendre plus légers tout en renforçant leur blindage.

  • Je songeais plutôt à nos braves équipes d'intervention. Simple, efficace et traditionnel. Avec l'équipement adéquat...

  • Veuillez m'attendre en bas superviseur l'interrompit Carelis d'une voix de procureur en tournant sa tête vers lui pour conforter ses paroles sans appel. Sa voix claire et aussi tranchante qu'une lame de guillotine suffit à maintenir la bouche de Garden en suspend durant quelques secondes.

    Contrarié par cette intervention inattendue il ne put que se soumettre à cet ordre et se leva. Bon retint son souffle.

  • Si votre divinité le souhaite rétorqua t il la mâchoire serrée. Il obliqua vers BON. Primo commandant vous aurez l'amabilité de laisser à ma secrétaire l'intégralité de vos rapports et analyses.

  • Ce sera fait monsieur.

    Le superviseur ne traina pas et disparu dans l'ascenseur sous le regard médusé de Bon. Quand il se retourna il vit que les yeux de l'ange étaient braqués sur lui.

Publié dans : Chapitre 2 - Communauté : manuscrits en ligne (romans) - Par Monroman
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Les anges déchus

  • La saga angelium où l'histoire des anges déchus
  • : Suivez les aventures de Gabriel Charon dans ce roman fantastique mi en ligne régulièrement. Assassiné mystérieusement en plein Paris celui ci se voit interdire l'accès aux Portes du Paradis. Renvoyé sur Terre il va se retrouver mêlé à la Guerre Divine opposant les Anges à leurs anciens frères déchus, les Démons. Mais qui est il réelement? Action et occultisme sont au coeur de se roman épique.
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