Le Légix et une poignée de soldats de Dieu avaient miraculeusement survécu au massacre et se repliaient, les goules aux talons. Ralentit par les blessés et à court de munitions le petit groupe glissait inexorablement vers l'issue fatale,à ce rythme pas un seul des membres de l'expédition ne sortirait vivant des égouts. Maitresses du terrain, les abominables créatures à la soif de sang inexpugnable se ruaient vers les derniers humains encore en vie, leurs bouches déformées dégoulinantes d'une bave acide. Les premiers rangs, sacrifiés aux murs de balles, s'entassaient en des charniers de chairs purulentes piétinées par la suite de la horde. Le major Plix lança ses dernières grenades. Sous l'onde de choc une partie de l'infrastructure s'écroula, des blocs de pierre et des plaques de cuivre écrasèrent des dizaines de goules dans des projections de liquides et d'humeurs corrompus. Mais il en surgissait toujours autant...
Cette course contre la mort épuisait le moral déjà très bas des quatre soldats suspendus aux communications des survivants relayées par les hauts parleurs de la radio.
Une ombre se profila dans leurs dos.
- excusez moi...
Pris au dépourvu les quatre militaires se figèrent d'effroi puis se retournèrent, surpris d'avoir été piégés aussi facilement.
Un homme habillé à la mode victorienne se tenait assis sur des caisses de matériel, les deux mains gantées d'un velours rouge jointes sur le pommeau de sa canne d'apparat. Grand et sec il portait un chapeau haut de forme gris et de petites lunettes de soleil rondes et violettes. Son veston noir descendait jusqu'à ses longues jambes recouvertes d'un pantalon en toile de la même couleur dont les chaussures, crottées par la boue, témoignaient de son passage en forêt. Sa peau, très pâle, ne rassura pas les soldats de Dieu sur la nature particulière de ce visiteur qui avait réussi a déjouer les systèmes d'alarme et a tromper leur vigilance. L'inconnu ôta ses lunettes avec délicatesse et les rangea dans une poche intérieure de son veston. Ses deux yeux sombres brillaient d'une flamme inquiétante.
Sentant l'affrontement inévitable le plus expérimenté des soldats amena lentement sa main sur la crosse de son pistolet automatique.
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Ignorant la menace et tout en continuant de les fixer de son regard malveillant l'homme fit glisser sa langue le long de ses gencives et l'arrêta au niveau des molaires supérieures. Il y porta un doigt et frotta l'interstice avec l'ongle pour y chasser les impuretés.
Aussi vif que l'éclair le soldat de Dieu dégaina son arme tandis que ses comparses se jetèrent sur leurs fusils d'assaut laissés à portée de main. En une fraction de seconde l'homme débloqua le pommeau de sa canne et fit jaillir une lame aussi fine que pointue qu'il lança sur le soldat dont, au même moment, le doigt pressait la détente. Le coup parti. La balle de 9 millimètres siffla et vint effleurer la joue droite de l'inconnu sur laquelle apparut une légère entaille. Elle ne saignait pas.
Transpercé de l'œil gauche jusqu'au lobe pariétal le tireur s'effondra lourdement au pieds de ses camarades, qui désormais armés, s'apprêtaient à faire feu sur l'assassin.
Mais son corps se flouta instantanément et il disparu.
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Ne bougez pas hurla l'un des soldats. Alex tu disposes d'une signalante non?
Le plus jeune d'entre eux hochât la tête tandis qu'il balayait nerveusement les alentours avec le canon de son arme.
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Balances en une ! Vite !
Alex obéit et décrocha de sa ceinture une grenade cylindrique qu'il décapsula et jeta. Une fumée verte s' en échappa et vint noyer les lieux d'une une brume opaque à l'odeur de cire. Les soldats, attentifs au moindre mouvement, distinguèrent alors une forme humaine à moins de trois mètres de leur position. Elle rampait contre le sol avec une grâce de félin et se dirigeait droit sur eux armée des plus mauvaises intentions.
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Feu!
Les fusils d'assaut crachèrent leurs salves mortelles. Des mottes de terre giclèrent dans les airs et les caisses de matériel touchées par les balles perdues volèrent en éclats. Une lueur orangée frétilla tout autour de la forme soudainement immobilisée par ce déluge d'acier. Les projectiles au lieu de cribler la créature s'écrasaient contre un mur invisible et tombaient en autant de billes de métal encore fumantes. Elle se redressa, intacte, et brandit un bras au poing serré. Un rayon incandescent en jaillit et percuta de plein fouet l'un des trois tireurs. L'impact fut tel que son corps se disloqua dans un craquement sinistre; une brume pourpre accompagnée de morceaux de boyaux vint recouvrir les uniformes jusque là immaculés de ses partenaires horrifiés. La partie supérieure du tronc du soldat n'existait plus. Les épaules et la tête avaient été vaporisés et il ne demeurait du valeureux que ses jambes avec un reste de bas ventre dans lequel se perdaient des filaments d'artères déchiquetées et des bouillies d'organes liquéfiés.
Aux portes de la folie les soldats de Dieu lâchèrent leurs armes et prirent la fuite chacun de son côté; la solidarité avait abandonné sa place au primitif besoin de survie.
Alex fut plaqué au sol avec une violence inouïe. Le choc coupa sa respiration et brisa plusieurs de ses côtes dans un concert de douleurs A moitié assommé, les membres comprimés par un poids considérable, il sentit des mains puissantes courir le long de son dos et empoigner sa tête comme un trophée.
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Alors on n'aime pas ma compagnie? souffla la créature tout près de son oreille contre laquelle coulait un liquide chaud et humide. Malgré son état le militaire pu sentir son haleine fétide.
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Qui êtes vous ? Parvint il à prononcer la bouche en sang.
Il ne put entendre la réponse. Sa tête fut arrachée d'un coup sec avec une partie de moelle épinière.
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Je suis les renforts promis répondit le démon au cadavre décapité. Et j'ai besoin d'âmes fraiches.
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