Komal commençait à se lasser de jouer avec l'humain. Ce n'était même pas amusant. Le jeune mâle se laissait frapper et ne cherchait pas à se défendre, pire, il gémissait à ses pieds comme un lâche. Sa langue courte et râpeuse passa le long de ses multiples dents pointues, le goût du sang et des restes de chair arrachée lui procura des frissons de plaisir emprunt d'une légère déception. Un peu d'adrénaline injectée dans le muscle en aurait relevé la saveur. Le festin s'annonçait fade et il ne salivait même plus à l'idée de le dévorer. Dans son dos Gatak râlait de contrariété: ne devaient ils pas mieux se concentrer sur le démon plutôt que de perdre du temps sur une modeste prise?
laisse le, proposa Gatak, ce n'est pas les « moutons » qui manquent par ici. Dès qu'on aura retrouvé le démon nous irons faire un tour dans les catacombes histoire de nous remplir la panse, il y a toujours des squatteurs là bas et tu pourras te gaver à l'excès. Tu sais le chef...
Isolé, l'humain représentait la proie idéale et cette occasion , trop belle, avait réveillé l'appétit gargantuesque de Komal. Trop impulsif et incapable de réfréner ses envies il s'était rué sur l'humain pour le dépecer malgré les consignes. En temps normal Gatak l'aurait laissé faire et aidé. Mais dans le cas présent rien ne devait les empêcher de remplir leur mission à bien, pas même 70 kilos de viande.
Oui je sais, grogna Komal de frustration et conscient des conséquences suicidaires à contrarier la volonté de Tanarbrak Au fond de lui il savait que son compagnon prêchait la raison mais sa faim continuait de commander ses actions.
Barrons nous d'ici insista Gatak à défaut de pouvoir contraindre son acolyte par la force. Ne nous embarrassons pas d'un poids inutile.
Aigri, Komal répercuta sa colère en une pluie de coups de poing. La dernière volée envoya l'humain valdinguer le long de la paroi. Assommé, l'homme s'affala dans la fange boueuse jusqu'aux genoux, la tête défigurée par les blessures.