Une source est l'empreinte d'une âme, le rayonnement coloré qu'elle projette est un signal communément appelé aura. Unique, elle appartient ad vitam aeternam à son porteur. Ainsi, identifier une source équivaut à mettre un nom sur son propriétaire et personne qu'il soit humain, ange, démon ou tout autre création de Dieu n'est en mesure de la supprimer ou de la modifier. C'était sur ces principes immuables que le père Tark tentait de percer l'origine de celle apportée par Kadfael. Le moine traceur, enfermé dans son laboratoire personnel, assis près d'une table remplie de vieux ouvrages et de matériel électronique dernier cri, essayait de disséquer le spectre du mystérieux signal. Les premières analyses avaient révélées qu'il s'agissait d'une source hybride à souche humaine. Jusque là rien d'anormal car de nombreuses créatures impies possédaient des sources bâtardes comme les vampires ou les succubes. La principale différence, et de taille, était qu'elles étaient entremêlées à l'extrême, un schéma très rare. Il fallait donc en premier arriver à les séparer pour ensuite les isoler. Tark fit glisser le pointeur de sa souris le long du signal et sélectionna un fragment. Il le dupliqua pour en faire un échantillonnage :ce tronc modulable allait servir de zone test. Après d'interminables manipulations il lança l'examen spectroscopique. La machine ronronna de longues minutes et imprima les multiples courbes sinusoïdales représentant les variations de pression d'onde des fréquences confondues. L'œil exercé et expert de Tark penché sur les schémas grossis à la loupe décela d'infimes variations liées à la discrète amplitude du second signal, si faibles qu'on pouvait à peine les percevoir. Pourtant elle était là, dissimulée pour se confondre avec son envahissante ainée. La clef. L'émotion s'empara du moine comme s'il venait de participer à une découverte majeure. Cette joie fut rapidement étouffée par les conséquences: cela impliquait que le jeune homme soit possédé mais, curieusement, cette possession sortait du cadre commun. En général le signal prédominant était toujours celui du démon et pas celui de l'hôte. Là c'était l'inverse. Pourquoi? Le moine se frotta les yeux douloureux de fatigue et se servit un verre d'eau fraiche. Passionné par l'étude des sources, féru de démonologie, Tark se sentait habité par une mission divine, celle de démasquer les démons, qui cachés sous des apparences trompeuses, vivaient parmi les hommes pour les pervertir. Fier de sa fonction, ses travaux avaient contribué à la réalisation de détecteurs performants et indirectement à l'identification de nombre de démons. Ses doigts caressèrent la vieille couverture en cuir du très épais Origo Inis, l'ouvrage de référence en la matière. Tark appréciait son contact râpeux plutôt que celui lisse des touches d'un clavier d'ordinateur. La base de données aujourd'hui stockée dans des disques durs et numérisée le reboutait. Elle ne rendait pas hommage aux générations de traceurs, qui comme lui, avaient contribués à l'enrichir au fil des siècles. Des mains appliquées de l'antiquité, du moyen âge, de la renaissance et des autres périodes de l'histoire humaine avaient retranscrit à la lumière des bougies des milliers de noms de démons associés à leurs codes-sources, parfois avec des annotations personnelles. L'informatique devait rester un outil et non suppléer le spécialiste. Or un jour, Tark le redoutait, les machines prendraient le relai des hommes, définitivement. Un savoir ancestral disparaitrait alors. Plein d'amertume le moine se remit au travail. Dans cette seconde phase il fallait comparer les structures de l'amplitude cachée à celles référencées dans l'Origo Inis. Si un démon avait été identifié par le passé, son signal se trouverait forcément à l'intérieur, au détour d'une page. Des lignes, courbes et autres tracés défilèrent sous ses yeux d'analystes, son expérience valait cent ordinateurs réunis. Tark confronta des dizaines et des dizaines de structures à son échantillon. Pas une ne correspondait.
vous ne trouverez rien dit une voix dans son dos.