Quelqu'un pleurait dans le noir nauséabond de chaudes larmes versées sur un visage recouvert de blessures sanguinolentes et d'hématomes violacés. Commotionné, Gabriel reprenait peu à peu connaissance dans un tourbillon de douleurs. Noyé dans un bain de tourments insupportables il voulu hurler son martyre mais aucun son ne sortit de sa gorge aux tissus ravagés. Ses membres paralysés ne répondaient plus aux appels répétés de son cerveau, l'organe ayant décidé de bloquer les liaisons nerveuses endolories. L' Enfer avait élu domicile dans ses chairs meurtries et chaque élancement arrachait en lui de larges vagues de souffrance continues.
Des lames de souvenirs hachèrent sa conscience et des phases de son passé ressurgirent tels des geysers crachant des jets d'eau en plein désert.
Images successives, saccadées et floues. Bribes d'une vie disparue, elles eurent néanmoins l'avantage de reconstituer sa mémoire dilapidée. En appréhendant le puzzle de son passé Gabriel reforgeait son être. Une seconde naissance démarrant à partir de ses derniers moments.
Il se voyait marcher tranquillement en plein jour dans une rue de la capitale. Puis des cris attirèrent son attention. Un homme au visage camouflé par une capuche venait de reculer. Dans sa main luisait la lame d'un couteau dont les bords dégoulinaient de sang. Son sang. Un froid glacial écharpa son bas ventre; il fit glisser sa main vers son abdomen, elle s'arrêta là où le tissu de sa chemise s' imbibait progressivement de rouge. Son fluide vital s'échappait d'une blessure béante. Touché mortellement, Gabriel s'effondra.
En observant le film de sa mort il réalisa qu'on l'avait sournoisement assassiné.