Le soldat Ansel tira en rafale ses dernières cartouches dans un fracas retentissant. Une pluie de douilles fumantes tomba sur le sol jonché de détritus tandis que les flammes sorties du canon de son arme éclairèrent sporadiquement les dizaines de goules se rapprochant de lui. Le tunnel emplit de fumée grouillait de ces saloperies rampantes et il en venait toujours plus, comme si elles se multipliaient à l'infini. Ansel balança son pistolet automatique au chargeur vide et dégaina son couteau, une longue lame recourbée encore vierge du sang ennemi sur laquelle était gravée la croix du christ. Privé de son système de vision nocturne perdu lors de la débâcle générale le soldat devait combattre à l'aveuglette. Un exercice auquel il n'était pas entrainé et qui le précipiterait vers la fin de son existence. Dans quelques instants le soldat de Dieu serait submergé par des goules déchainées mais Ansel n'avait pas peur de mourir, le Paradis l'accueillerai en héros.
approchez mes belles hurla il de toutes ses forces en ayant conscience qu'il s'agissait de ses dernières paroles, j'ai plusieurs aller simples pour l'enfer et je compte bien vous en faire profiter au tarif de groupe.
Cinquante mètres plus loin courrait Bon, ses rangers croutées soulevant des flaques de fange sur son uniforme souillé et taché de sang. Il se sentait sale, plus sale que les centaines litres de merde accumulés dans les égouts et dans lesquels il s'embourbait par endroits jusqu'à la taille. Un lâche, voilà ce qu'il était réellement. Un pleutre incapable de sacrifier sa vie pour la Juste Cause et dont le déshonneur jetait l'opprobre sur son prestigieux grade. Au lieu de se battre épée à la main il fuyait droit devant tandis que ses frères soldats crevaient les ventres déchiquetés par des mâchoires voraces. Un hurlement à faire frémir un tortionnaire gagna ses oreilles. Ansel, le dernier membre de sa garde rapprochée venait de tomber à son tour.
Il était l'unique survivant, encore fallait il qu'il parvienne à s'échapper de ce bourbier.
Comment un plan aussi parfait avait il pu échouer ?
Tout avait pourtant bien commencé...