Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 08:09
 

La masse argenté du sector nommé Salomon ondulait au milieu des eaux saumâtres, tel un poisson remontant un fleuve à contre courant. Les capteurs disséminés sur la surface de son corps recueillaient quantités d'informations diverses, qui après analyses, étaient retransmises en temps réel au quartier général. Fierté de ses concepteurs, son intelligence artificielle élevée lui permettait de répondre à nombre de situations et d'imprévus le rendant totalement autonome. L'androïde, parfaitement à son aise en milieu aquatique arriva dans une zone où l'eau était trop basse pour poursuivre à la nage. Le robot ralentit sa course et se redressa en déployant ses jambes et ses bras mécaniques à l'image d'un insecte géant libéré d'une interminable hibernation. L'eau corrompue dégoulina le long de ses membres d'acier ainsi que sur le tranchant de son épée. Seuls deux petits points rouges, fichés au somment de son crâne, trahissait sa présence dans ce noir absolu.

Une alerte le figea dans une immobilité parfaite. Ses radars signalaient un contact hostile juste devant lui, à moins de cinq mètres. Pour une intelligence artificielle rien ne pouvait arriver par hasard, tout était mathématiquement prévisible grâce aux analyses tirées des relevés de situation. L'effet de surprise était donc inconcevable. En théorie...Pourtant quelque chose se trouvait là où quelques secondes auparavant il n' avait rien détecté. Il zooma et activa l'ensemble de ses modes de vision. La forme était humanoïde, de taille moyenne et squelettique. Non armée elle dégageait des d'odeurs que les humains, ses concepteurs, qualifieraient de nauséabondes. Dans sa mémoire pré programmée cette description correspondait en tout point à la catégorie des goules, la première qu'il rencontrait en réel depuis sa sortie de laboratoire. Un angle de tir fut calculé en une fraction de seconde. Ses trois canons de 9 millimètres pointèrent la chose qui ne bougea pas et il fit feu.

Les trois projectiles traversèrent la cible et vinrent frapper la paroi de tunnel située derrière elle dans une gerbe d'étincelle. Les relevés effectués sur la structure organique de la goule ne relevèrent aucune blessure comme si les balles n'avaient eu aucun effet sur elle. Les sous programmes de Salomon activèrent alors des fonctions de combat supérieures réservées aux ennemis qui employaient des pouvoirs surnaturels et contre lesquels les armes traditionnelles étaient totalement inefficaces. Les milliers de processeurs composant son cerveau artificiel lancèrent une série d'ordres relayés par des fibres optiques de la taille d'un cheveu. Ses boucliers de dernière génération de classe trident se déployèrent autour de lui en un halo électrique bleuté tandis que la couleur de la lame de son épée, chauffée à blanc par un processus interne comparable à celui d'une forge artisanale, passa du rouge vif au jaune d'or. Son autre bras se rétracta jusqu'à la jointure du coude, les trois petits canons montés sur celui ci pivotèrent et fusionnèrent pour ne former qu'une seule mais large bouche à feu, un canon a plasma appelé foudre de Dieu.

La goule fit soudainement un bon sur son côté droit à une vitesse surprenante. Mais la machine, conçue pour des duels à haute vélocité, était aussi rapide qu'elle. Des calculs de l'ordre du dixième de seconde permirent d'anticiper la destination de la créature. Le sector fit cracher foudre de Dieu. Une boule incandescente jaillit de son bras dans un éclat de lumière aveuglante et alla percuter de plein fouet le torse de la goule. Celle ci fut littéralement pulvérisée en des milliers de fragments d'os réduits à l'état de miettes. Une épaisse fumée à l'odeur âcre envahit les lieux alors que des générateurs d'énergie situées en bas de son dos vibrèrent pour recharger l'arme jusqu'à son niveau optimum. Ses capteurs le prévinrent d'une seconde présence ennemie, celle ci se glissait dans son dos pour l'attaquer par surprise. Il fit pivoter son torse à cent quatre vingt degrés, l'épée brandie en avant. Trois rapides coups de lame tranchèrent le corps du monstre dans une odeur de chair carbonisée. Les pieds métalliques du robot supportant près de trois cent cinquante kilos achevèrent le travail en transformant les morceaux tombés au sol en bouillie; la tête de la goule figée dans un rictus sinistre explosa comme un fruit trop mur.

Vingt autres adversaires apparurent au même moment sur les radars de Salomon, ils convergeaient en grappe vers sa position à vive allure et n'allaient pas tarder à surgir face à lui. Une plaque située sur son épaule droite glissa laissant apparaître douze petites boules de métal lisse munies de micro pointes. Une d'entre elles décolla de son socle et fonça avec un bruit strident vers la meute galopante. A mi chemin elle éclata en de multiples billes explosives qui s'éparpillèrent sur le sol constituant ainsi un véritable tapis de petites mines. Les goules n'eurent pas le temps de les remarquer et marchèrent dessus. Une formidable déflagration embrasa la galerie et projeta dans tous les sens des membres déchiquetés et autres grumeaux organiques.

Les rapports de combats furent instantanément envoyés au QG. L'activité ennemie gagnait en intensité. Insensible, le sector opta pour avancer. Son rôle était de sécuriser un maximum de galeries pour favoriser la progression des troupes d'assaut vers le centre de la tanière de Tanarbrak. A peine avait il franchit quelques mètres qu'une seconde vague ennemie se matérialisa sur ses détecteurs. Cette fois ci les goules changeaient de tactique et optaient pour une attaque d'encerclement combinée: trois groupes distincts arrivant chacun par un boyaux différent. Utiliser à nouveau les mines risquerait cette fois de détruire une partie des tunnels déjà fragilisés par la précédente explosion. Foudre de Dieu en ferait autant. Restait l'épée...Les boyaux vomirent leurs lots de vermines. Elles se ruaient vers lui gueules ouvertes et ivres de se battre, tel des rats déchainés. Les servos moteurs de la machine se modifièrent pour donner , dans un temps limité, plus de plasticité à ses mouvements. Il s'élança tête baissée dans le tas grouillant de griffes et de crocs putrides. Son épée fit des ravages: elle trancha quantité de bras, de jambes, de têtes et de thorax. Les écumes corrompues giclaient par flots entiers et se vaporisaient au contact de ses boucliers électriques, le préservant ainsi de toute souillure. Les moulinets de sa lame devinrent un véritable hachoir et en moins d'une minute les restes d'une trentaine de goules gisaient à ses pieds dans une mare de sang infecte. Au lieu de prendre position et d'attendre un éventuel autre assaut Salomon accéléra l'allure. Au cours de sa progression il décela et détruisit des pièges meurtriers , évita les culs de sac assassins et autres malines illusions destinées à tromper les assaillants. Plus Salomon avançait plus les niveaux de la température et de l'eau augmentaient. Pour une machine amphibie cela ne posait aucune difficulté cependant il en serait autrement pour les forces humaines. Le sector transmit l'information sur le canal prioritaire et continua sa route. Il finit par trouver l'entrée d'une grotte éclairée par des torches fixées sur les parois. Le repaire. La première partie de sa mission touchait à sa fin et il s'arrêta: il devait attendre l'arrivée des sections d'assaut pour s'aventurer plus en amont. Sa tête pivota soudainement vers la cavité: une multitude d'ennemis approchait.

Par Monroman - Publié dans : Chapitre 4 - Communauté : Fantasy et science-fiction
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