Des hurlements, des cris et des râles d'agonie déchiraient la tranquillité des bois plongés dans la nuit. Une armée d'arbres majestueux aux troncs couverts de mousse, ancrés dans l'humus grâce à leurs racines noueuses, semblaient être les seuls témoins de ces horreurs sonores. Même les animaux nocturnes, pourtant si nombreux en cette période de l'année, avaient fui les lieux comme si un mal étrange se répandait sur le sol jonché de brindilles mortes et de feuilles sèches.
A la source de ses bruits terrifiants brillait une faible lumière autour de laquelle bougeaient quatre ombres fantomatiques.
Blêmes, les yeux grands ouverts et les gorges nouées, quatre soldats de Dieu, nerveusement penchés sur un poste radio au volume porté à son maximum, assistaient en direct au massacre de leurs camarades partis se battre contre les goules. Une larme froide coula sur la joue de l'un d'eux et vint s'écraser sur ses lèvres pincées par la tension. Ces sons tout droit jaillis de l' Enfer marquaient au fer rouge leurs esprits, cauchemar réel qui les hanteraient à jamais. Totalement immergés par un flot de notes macabres aussi atroces les unes que les autres, ces témoins impuissants du désastre avaient l'impression de se tenir au milieu des combats et d'en partager les souffrances. Chaque gémissement faisait tressauter leurs cœurs, chaque cri faisait courir dans leurs nefs une sourde douleur. Ils ressentaient la peur et le désespoir de ses hommes piégés qui mourraient par dizaines sans avoir la possibilité de se battre en braves. Ils crevaient pire que des rats, abattus par des créatures indignes de vivre. Était ce là une fin digne pour des soldats du Tout Puissant ? D'ailleurs où se trouvait il ? Pourquoi n'aidait il pas ses fils dans cette bataille dédiée à sa gloire? Le Seigneur les avait il abandonné? Transits de colère ils en étaient réduits à attendre le triste dénouement final.
Ces quatre militaires étaient chargés de surveiller les camions de transport banalisés et les caisses de matériel déposées aux pieds des deux entrées d'égouts choisies comme points de départ de l'opération. Oubliées par les hommes, celles ci remontaient à la fin des années 1840 et rejoignaient le principal réseau des égouts de la capitale construit durant la même période. A l'époque il n'y avait pas de bois mais un grand trou d'évacuation où se déversaient en flots continus les eaux sales. Depuis la modernité les avait condamnées à l'inactivité.
Une aubaine pour l'état major des forces divines locales.
Elles les avaient directement conduit à la mort.