Samedi 10 octobre 2009
6
10
/10
/2009
14:36
La camionnette de la morgue traversait Paris sous un soleil couchant. Au volant Youssef décida de s'allumer une petite cigarette, faut dire qu'il l'avait bien
méritée après cette dure journée: pas moins de onze cadavres à ramasser aux quatre coins de la capitale et à ramener dans les frigos de la morgue parisienne, l'institut médico légal. Encore un
dernier à déposer et Youssef pourrait enfin rentrer chez lui,serrer ses quatre enfants dans ses bras et prendre un bon bain. Un boulot ingrat mais qui faisait manger sa nombreuse famille en ces
temps dèche et de crise de l'emploi. Il fallait juste avoir un ventre solide et, superstition oblige, éviter de croiser le regard des morts. Six mois déjà. Youssef réalisait avec amertume à quel
point il s'était habitué à ses fonctions sans ressentir de peine ou de remords à l'inverse de nombreux collègues partis en dépression ou à la recherche d'un autre emploi. Consciencieux il avait
dès le début opté pour s'identifier à un simple transporteur de marchandise. De la viande froide certes mais de la marchandise à livrer d'un point A à un point B. Cette stratégie intellectuelle,
si elle restait un odieux mensonge, avait au moins le mérite de le préserver de la folie.
-
tu m'en passes une ? demanda Robert , son compagnon de travail assis côté passager.
Youssef tendit son paquet de cigarette en guise de réponse, le collègue se servit et le remercia d'un bref sourire. Les deux hommes s'appréciaient pour deux
raisons. La première parce qu'ils se parlaient peu, juste le boulot sans discussions superficielles. La seconde parce qu'ils étaient les seuls à accepter de faire des heures supplémentaires,
de quoi ajouter un peu de beurre dans les épinards contre des cernes.
-
Tu veux que je te dépose au troquet ? Proposa Youssef qui connaissait bien les habitudes de son collègue, habitué de boire un dernier godet dans un bar pmu au
coin de sa rue.
-
T'embête pas, ce soir madame est pressée. Contente toi de t'arrêter devant ma porte.
Un bruit sourd en provenance de l'arrière de la fourgonnette leur glaça les sangs. Youssef pila sans regarder dans son rétroviseur et les deux hommes s'observèrent
dans un silence pesant. Chacun trouvait l'autre bien pâle. Ils étaient les seuls à bord. Enfin les seuls vivants à bord.
-
tu crois que c'est quoi ? Demanda Youssef dont le cœur s'était soudainement emballé.
-
J'en sais rien moi rétorqua Robert d'une voix rarement aussi hésitante. Ses yeux roulaient dans leurs orbites comme des boules sur une table de billard.
Le bruit se répéta à nouveaux. Les deux hommes sursautèrent.
-
Tu l'as bien attaché ? voulu se rassurer Robert, tu sais les sangles sont de mauvaise qualité elles lâchent parfois, il faut serrer à mort. Foutu frigo de merde
!
-
Je crois se défendit Youssef, confus.
Finalement il doutait d'avoir bien sanglé le corps.
-
Faut aller vérifier. Si on continue comme ça on va livrer le type abimé et j'ai pas envie de nettoyer le sang et de me faire engueuler par le doc.
Youssef hocha de la tête.
-
Oui.
-
Vas y!
-
Non, vas y toi, je reste à surveiller au volant.
Robert écarquilla ses sourcils épais.
-
A surveiller quoi?
-
Ben faudrait pas qu'on nous pique le fourgon.
-
Tu parles, t'as la trouille!
-
Non.
-
Menteur. C'est ton tour, tu étais chargé des sangles.
De mauvaise grâce Youssef décrocha sa ceinture de sécurité et sortit. L'air frais caressa ses joues rugueuses. Il tira une dernière bouffée sur sa cigarette et
la jeta au loin. Le mégot incandescent termina sa course dans un caniveau remplis de détritus. Une fois devant les portes arrières Youssef prit une grande inspiration et chercha à se donner
du courage. Il fallait juste tirer sur la poignée, un acte qu'il avait fait des centaines et des centaines de fois. Cependant il restait bloqué, sa main crispée le long de sa jambe refusait
de se plier aux ordres de son cerveau gelé par l'appréhension. C'était la première fois qu'il se trouvait dans une situation aussi troublante, il se rappelait les quelques films d'horreur vus
pendant son enfance et imaginait un monstre terré au fond de la camionnette prêt à se jeter sur lui pour le dévorer à l'aide de ses dents crochues et de ses griffes.
-
Qu'est ce que tu fous Youss! le héla Robert de la cabine. On va pas y passer la journée!
Il tendit sa main vers la poignée et la débloqua. La porte s'ouvrit dans un déclic glacial.
Par Monroman
-
Publié dans : Chapitre 1
-
1
-
Recommander
Mardi 13 octobre 2009
2
13
/10
/2009
23:55
Chaque bouffée d'air brulait les poumons de Vincent comme s'il buvait dans un océan de lave incandescente. Nu ,en proie à des tremblements incontrôlables,le jeune
homme tentait de se dégager de sa prison de plastique et de nylon. D'un coup de coude il parvint à faire céder une partie des jointures cousues le long d'une fermeture éclair. Avec ses doigts il
écarta la déchirure et tira avec force: le plastique craqua et forma un orifice assez large pour y passer son bras. De ses doigts gourds il chercha la navette, tomba dessus et la fit coulisser.
Une lumière blafarde, passant au travers de vitres teintées, vint éclairer son corps d'une lueur spectrale. Il se trouvait de côté, allongé sur une civière sur laquelle avait été greffé un sac
mortuaire. Au centre se trouvait un caisson frigorifique ouvert dont les voyants étaient éteints. Vincent réalisa alors l'impensable: son retour parmi le monde des vivants, du moins son réveil à
l'intérieur d'un véhicule funéraire. Cette découverte macabre comprima ses tripes. La nausée le gagna et il vomit à ses pieds un filet de bile et de sucs gastriques mélangés à un liquide
rougeâtre. Son premier réflexe fut de porter ses mains sur son torse froid, il voyait encore la lance de lumière le transpercer et achever de le désintégrer. Or il n' y avait rien d'autre qu'une
peau affreusement pâle piquée de poils drus. Sur le flanc gauche de son bas ventre avait été scotché un gros pansement imbibé d'humeurs et de sang. D'un geste inutilement prudent Vincent l'ôta et
découvrit une vilaine coupure sur une vingtaine de centimètres allant de son nombril jusque au début de la base de son dos. Intacte, la plaie ne suintait pas. D'où venait elle? Le tracé de la
blessure était net, les bords réguliers. Même si Vincent n'était pas un médecin légiste on devinait aisément un coup de couteau. Quelqu'un l'avait poignardé. Qui ? La colère de Ganéel avait
emporté la réponse et ses souvenirs demeuraient aussi silencieux qu'une tombe. C'était donc juste cela la mort: un voyage extra planaire, une randonnée surnaturelle avec d'autres décédés et une
ultime rencontre avec le beau et énigmatique Gardien des Âmes. Pourquoi avoir été chassé des portes du paradis alors qu'elles s'ouvraient à lui et renvoyé sur Terre? Qu'était il devenu à présent:
un revenant, un mort vivant ? Ces questions taraudaient son esprit comme autant d'aiguilles fichées dans son cerveau. Retrouver une fade enveloppe corporelle après avoir gouté au bonheur absolu,
indéfinissable aux conceptions humaines, le dégoutait. Ce corps n'était que de la matière organique uniquement destiné à contenir son esprit; que des os, des nerfs et des muscles comprimés dans
de la chair molle. Vincent plissa les yeux et huma l'air ambiant aux odeurs de renfermé. Un instant sa vision se troubla, il perçut deux sources lumineuses toutes proches de lui. Distinctes,
d'une couleur allant du jaune au vert, elles flottaient côte à côte dans son dos. Qu'était ce ? Vincent n'eut pas le temps d'y réfléchir. Une secousse lui fit perdre l'équilibre et il chuta au
sol sur les restes glissants de son vomi jaunâtre.
Un cadavre rampait vers Youssef telle une horreur surgie des profondeurs du plus terrible de ses cauchemars; à chaque mouvement de mains ses ongles noirs et longs
faisaient crisser le métal de la paroi. Une heure avant l'employé de la morgue avait refermé la glissière sur un visage d'adolescent figé dans la froideur de la mort. A présent ce même visage le
fixait de ses deux yeux sombres, froids comme une nuit d'hiver, dans lesquels ne se reflétait pas la lumière du jour. Un liquide chaud coula le long des jambes immobiles de Youssef et vint former
sur le macadam deux petites flaques. Paralysé par la peur, il venait de perdre tout sens des réalités et se rapprochait à grands pas de la folie humaine. Moins d'un mètres le séparait désormais
de la « chose ». On pouvait distinctement apercevoir ses veines violacées courir sous sa peau pâle attaquée par la putréfaction naissante. De sa bouche nébuleuse et sinistre s'échappa
un râle d'outre tombe. A ce moment la peur insuffla à Youssef l'énergie suffisante pour prendre ses jambes à son coup: il se mit à courir éperdument avec une vélocité dont il se croyait
incapable, sans se retourner, loin, très loin.
Par Monroman
-
Publié dans : Chapitre 1
-
1
-
Recommander
Vendredi 16 octobre 2009
5
16
/10
/2009
21:35
Les pigeons se battaient pour quelques miettes. Le vieil homme prit une autre poignée de morceaux de pain dans une poche et les jeta au loin. Les volatiles
s'éparpillèrent en piaillant, les plus gros d'entre eux jouaient des ailes et du bec pour se ruer vers ce nouvel eldorado de nourriture tombé du ciel. Glikar les comparait aux hommes, prêts à
déchiqueter leurs voisins pour survivre, une constante de leur espèce dépravée. Une sale race indigne des présents du Seigneur qu'il supportait depuis trop longtemps, là, caché dans l'ombre. Il
grimaça et cracha au sol de mépris. Était ce là une place digne de son rang ? Une froide lueur traversa son regard mélancolique. Sur le qui vice Glikar jetait de temps en temps de brefs coups
d'œil à droite et à gauche, ses ennemis pouvaient toujours le surprendre, même sous cette apparence trompeuse, et l'abattre comme un chien galeux. Soudainement ses sens l'alertèrent : non loin du
parc venait de se manifester une source , un semblable inconscient du risque qu'il courrait à trahir la Loi. Deux possibilités
s'offraient à lui: le laisser à la merci de l'ennemi ou intervenir. Son choix fut vite fait.
Il avait enfin de la compagnie.
-
nous avons un signal monsieur déclara un homme face à son écran d'ordinateur. Au niveau Paris, Place de la Concorde.
-
Est il Puissant ? Demanda un autre qui se tenait debout dans son dos.
-
Très faible. Un niveau 1.
-
C'est le seul ?
-
Affirmatif. Sauf possibilité de brouillage.
-
Extérieur ou dans les sous sols ?
-
Extérieur.
Cela excluait les goules et autres saloperies souterraines.
-
Allons, Ils ne vont pas commencer à nous tendre des pièges tout de même! S'offusqua l'interlocuteur avec une ironie non dissimulée. Mettez toutes les unités du
secteur en alerte niveau 1, qu'elles convergent sur place, discrètement bien entendu. Gardez en une en réserve, au cas où.
-
Bien monsieur.
L'oreillette siffla et arracha un cri étouffé à son porteur. Mathias lâcha sa pâte à pizza et se retourna.
Un large sourire fendit le visage de son compagnon, il se frotta les mains pour y chasser de la farine accumulée sur sa peau. I
-
On va avoir enfin l'occasion de s'en faire un. Un beau j'espère, depuis le temps que c'est pas arrivé s'exclama de joie Rodion.
- mesdames et messieurs annonça Mathias à la queue de clients alignée devant son camion à pizzas, suite à des problèmes techniques nous sommes dans l'obligation
de fermer et d'interrompre la distribution. Veuillez nous pardonnez.
Une vague de protestations s'éleva de la clientèle tandis que dans l'indifférence les deux hommes s'afféraient à préparer leur départ. Leurs gestes étaient précis,
rodés. Cependant c'était la première fois qu'ils travaillaient ensemble.
-
tu t'en ai déjà tapé un ? demanda Rodion en rangeant des boites de garnitures.
-
Non.
-
Méfies toi et ne les sous estime jamais. Contente toi de suivre mes instructions. Tu as fait tous les stages?
-
Oui.
-
Même ceux de recyclages?
-
Aussi.
-
Quelle est la première des Règles ?
-
La discrétion
-
Parfait.
La camionnette « MOMO PIZZA » s'ébranla dans un nuage de pot d'échappement.
Par Monroman
-
Publié dans : Chapitre 1
-
1
-
Recommander
Mardi 20 octobre 2009
2
20
/10
/2009
09:48
La lumière du jour bien que faiblissante était encore beaucoup trop forte et aveuglait Vincent. La main sur les yeux pour se protéger de l'intensité du soleil, il
ne voyait pas encore assez bien pour s'orienter; le vacarme de la circulation parisienne bourdonnait à ses oreilles devenues ultra sensibles et des odeurs nauséabondes emplirent ses
narines.
Il se retourna et vit un homme en blouse blanche prendre la fuite sans demander son reste, les bras levés en hurlant des mots incompréhensibles.
Nu sur la voie publique avec une blessure béante au ventre Vincent ressemblait à une créature cauchemardesque libérée en pleine civilisation. Égaré, ne sachant que
faire dans l'immédiat il voyait les piétons s'arrêter et le montrer du doigt comme une bête curieuse exposée en foire. Certains se retenaient de crier, d'autres l'observaient avec des yeux
stupéfaient et des touristes le prenaient en photo. Alors que sa vue s'adaptait progressivement à la luminosité ambiante il remarqua la texture particulière de sa peau qu'il tâta de ses ongles
noirs et longs , de grosses veines violacées effleuraient un épiderme trop pâle pour être naturel. Une vision le terrifia: son sexe avait disparu. Plus de pénis ni de testicules, seulement une
surface lisse et plane. Qu'était il devenu ? Ou était passée son d'humanité ? Vincent se mit à genoux et voulu pleurer de détresse mais aucune larme ne coula de ses yeux secs qui n'étaient plus
de ce monde, deux billes noires aussi profondes que les ténèbres dans lesquelles s'étendait un paysage glacé à l'infini.
La source ne fut pas difficile à repérer vu qu'elle était la seule à la ronde. Un appel délibéré à la destruction, une ode au sacrifice ultime. Glikar
avançait d'un pas décidé vers elle, bien décidé à connaître l'identité de ce frère fou et imprudent , tout en regrettant de n'avoir plus la capacité de rentrer directement en contact
avec lui. Au moins il aurait pu gagner du temps et avertir ce condamné des dangers auxquels il s'exposait inutilement. Il n'aurait aucune chance. Son
frère avait il l'intention de se battre seul contre tous ? S'agissait il d'un dernier baroud d'honneur ? Il devait le vérifier et aller à sa
rencontre. A cette heure de fin de journée les humains étaient en nombre dans les rues commerçantes et touristiques. Pourquoi livrer un combat à l'endroit le plus fréquenté de la capitale
? Même les siens ne lui pardonnerait pas. Cette foule avait au moins le mérite de le dissimuler au cas où l'ennemi serait sur ses pas. Devant lui marchait une belle femme à la démarche
langoureuse. Ses fesses bougeaient de droite à gauche dans un rythme érotique. La mine sombre Glikar songea au passé. A une époque pas si lointaine Glikar l'aurait directement entrainé, de gré ou
de force, dans une ruelle sombre pour profiter et abuser d'elle. Il du y renoncer et se concentra à nouveau sur la source. Tiens bon mon
frère se dit il, je serai bientôt auprès de toi. Nous nous battrons ensemble, comme au bon vieux temps.
L'écran affichait une carte en trois dimension sur laquelle un point rouge se déplaçait.
L'opérateur vérifia sur sa console.
-
Normale, marche humaine, monsieur. 3,7 kilomètres par heure.
-
Tiens donc s'étonna l'interlocuteur.
Laurent Bon n'était pas serein et la façon dont il tapotait son calepin avec son stylo bille trahissait une certaine
impatience mêlée de stress. C'était sa première manifestation depuis sa prise de fonction au sein du Haut Commandement, dix ans plus tôt.
Autant dire un événement majeur dans sa carrière dont très peu de ses pairs pouvaient se vanter d'avoir assisté. Conscient de cette chance inespérée pour d'éventuelles promotions ultérieures
il en connaissait aussi les risques. La région parisienne représentait l'une des plus grosse zone de France et sa place, convoitée par beaucoup, valait cher. S'il était fier de ses
responsabilités, ses supérieurs ne manqueraient pas de le sanctionner en cas d'échec. Et ça il ne pouvait pas se le permettre, ni envers lui ni envers la race humaine. Sa foi sans failles
serait son arme et il pouvait compter sur Dieu pour l'aider à vaincre l'Adversaire. Restait à se fier à la compétence des hommes de terrain,
un paramètre qu'il ne maitrisait pas toujours.
-
Qui se rend sur place ? S'enquit il.
-
J'ai une équipe de deux pisteurs. Rodion et Mathias. Rodion est habilité niveau 3, Mathias est lui au niveau 1.
Un expérimenté et un bleu bite. Ça commençait mal. Surtout si cette créature était forte.
-
Il me faut une équipe d'intervention sur le champ ordonna Bon en se mordant les lèvres avec le regret d'avoir sous estimé la
situation et d'avoir misé trop tôt sur un premier niveau d'alerte. Ce ne sont pas des pisteurs qui vont pouvoir faire grand chose à un démon poursuit il en essayant de ne pas laisser sa voix
s'élever. Toujours rien sur cette source ?
-
Nous sommes en train de l'analyser monsieur. Ça prend du temps. Quand à l'équipe d'intervention la plus proche elle se trouve à 8 kilomètres, dans le sud des
Hauts de Seine. Vu le trafic actuel...
-
Je vois l'interrompit Bon d'un ton sec.
La situation se présentait mal. Il lui restait sa carte maitresse.
-
Et la réserve ? Demanda t il d'une voix pleine d'espérance.
-
Ils se rassemblent monsieur.
-
Ils se rassemblent ? S'emporta Bon en faisant sursauter tous les autres opérateurs de la salle de commandement. Ils devraient déjà être en route !
Par Monroman
-
Publié dans : Chapitre 1
-
0
-
Recommander
Dimanche 25 octobre 2009
7
25
/10
/2009
10:34
-
Ils suivent les protocoles monsieur.
Foutus protocoles songea Bon contraint de faire avec. Parfois la lourdeur administrative pesait sur l'organisation au détriment de la sécurité. La preuve en
était faite, une fois de plus.
-
Mettez moi en relation avec eux, vite.
L'opérateur s'agita sur son clavier.
-
La liaison est établie monsieur.
-
Ici Bon, Primo commandant.
-
A vos ordres primo commandant rétorqua une voix grave dans l'interphone. Le ton était typiquement militaire.
-
Avez vous reçu vos ordres de missions?
-
Oui.
-
Dans ce cas où êtes vous ?
-
Au sous sol 4E monsieur.
-
Et que faites vous au sous sol alors qu'il s'agit d'une urgence ?
Une hésitation se fit ressentir au travers de la liaison radio.
-
Nous faisons le plein d'essence monsieur.
-
Le plein ?
-
Oui le plein monsieur.
-
N'aurait il pas du déjà être fait avant ?
-
Si monsieur. C'est logique.
-
Vous vous rendez compte du temps précieux que nous perdons.
-
Oui monsieur. Cependant ne nous blâmez pas si vite primo commandant.
-
Et pourquoi ne devrais je pas le faire? Répondit Bon étonné par l'aplomb du soldat.
-
La responsabilité incombe au service pompe monsieur.
-
Quel est le rapport ? Expliquez vous.
-
Ils se sont trompés d'essence. Ils ont mis du sans plomb dans un réservoir diesel. Il a fallu vidanger...
Les poings de Bon se serrèrent et la jointure de ses doigts blanchirent sous la tension. L'écran tactique de son opérateur passa à deux doigts de voler en
éclats. Ils ne seraient jamais sur place à temps.
-
Partez dès que vous serez prêts dit il en sachant pertinemment que leur départ serait inutile pour la suite des opérations .
-
Ce sera fait monsieur.
Bon pivota vers l'écran de son opérateur. Son regard se posa sur un petit point bleu avançant beaucoup trop lentement sur l'avenue des Champs E lysées
-
Tout repose sur les épaules des pisteurs désormais.
Ça klaxonnait fort sur les Champs E lysées. Un vrai concert d'injures sonores. Comme d'habitude il y avait plus de voitures que de passants et tous les conducteurs
jetaient leur dévolu sur leurs volants. Une tortue aurait avancé plus vite. Rodion lâcha une bonne dose de klaxon. Ça ne servait à rien mais cela le détendait ses nerfs à minima, faute de pouvoir
se créer un passage à coup de lance missile. Il n'en pouvait plus d'attendre le cul coincé dans cette fourgonnette à pizzas immobilisée au milieu de ce bordel sans nom alors qu'un drame allait
sans doute se dérouler au bout de la célèbre avenue. Une cible qui n'attendait qu'à être anéantie du bout de son fusil d'assaut, une occasion dont il s'en voudrait à vie d'être passé à
côté.
Vétéran accompli, Rodion ne jurait que de d'exterminer l'Adversaire. Ancien
légionnaire reconvertit en « chasse raclure » il s'était vite identifié à un justicier des temps modernes, main armée pour accomplir la Justice Divine. De son doigt il gratta une
vieille cicatrice située à la base de son cou, elle le démangeait souvent avant les combats. Un souvenir laissé par son premier adversaire, une foutue goule venimeuse. Le coup terrible avait
emporté une partie de sa poitrine et sans l'aide des médecins prieurs Rodion aurait rejoint les bras du Seigneur. Celui ci dans son infime sagesse avait du estimer qu'il serait plus utile sur
terre que dans les cieux pour l'aider à affronter les hordes démoniaques.
-
je vais y aller à pieds déclara t il en prenant un énorme couteau caché sous le siège conducteur et une petite radio portable. Prends le volant à ma place et
rejoins moi là bas.
-
Mais vous n'allez tout de même pas l'attaquer avec ça ? Et puis il y a tous ces témoins potentiels dans la rue, s'ils vous voient... tenta de le convaincre
Mathias effrayé de voir Rodion partir engager un corps à corps avec un simple couteau. Pour un démon une brosse à dent ferait le même effet.
-
J'ai connu pire mon petit sourit il l'œil pétillant d' une assurance infaillible.
-
Il vous réduira en bouillie en un clin d'œil chef, laissez moi au moins vous accompagner en soutien, conformément au codex.
-
Le sang qui coule dans mes veines est béni Mathias, sinon je ne serai pas ici pour te parler. Le Seigneur a choisit de me laisser en vie pour l'aider dans la
mission de ses fils, il ne peut rien m'arriver. Préviens le C.O. Je resterais joignable dit il en secouant son poste radio. Je préfères que tu restes là. Tu manques d'expérience pour
affronter directement un démon.
-
Je suis prêt se vanta Mathias, convaincu de ses capacités.
Rodion ne lui en voulait pas. L'excès de confiance était la marque de tous les débutants surtout dans les unités de pisteurs où servaient tous les arrivants.
Mais il avait vu trop de morts inutiles pour laisser se perpétrer un gâchis supplémentaire.
-
Tais toi et écoute moi: ne bouge pas d'ici.
Un gros loupé- la destruction complète de trois escadres, soit 21 hommes, lors de la désinfection d'un hangar tenu par des zombies - avait conduit sa mutation
disciplinaire dans une unité jugée secondaire et moins exposée. Un coup dur, plus terrible que l'attaque conjuguée de mile saloperies démoniaques. L'avantage, elle était opérationnelle. Un
bulle d'air pour cet homme n'ayant connu que le terrain et différents théâtres d'opérations aux quatre coins du monde. Un jour peut être, espérait il, sa réhabilitation serait accordée. La
réussite de cette mission serait un bon coup de pouce, s'il s'en sortait vivant. Rodion donna une tape amicale dans le dos de son acolyte et quitta la fourgonnette en ayant prit soin de
cacher son couteau dans ses vêtements de cuisinier.
Mathias, frustré de rester un simple spectateur, le vit son homologue longer les voitures arrêtées par les bouchons et disparaître dans la foule
compacte.
Par Monroman
-
Publié dans : Chapitre 1
-
2
-
Recommander