Chapitre 3

Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 07:04
 

 

  • C'est une plaisanterie ? Vociféra Frank Merck hors de lui et incapable de retenir sa colère.

Avertit par téléphone une heure auparavant de la disparition de son cadavre , le policier enrageait. Une version officielle difficile a avaler, surtout après vingt cinq ans passés à la criminelle. Déjà qu'il n'avait pas grand chose sur l'assassin-pour ne pas dire rien-, l'absence de corps réduisait à néant ses espoirs de voir son enquête avancer.

L'employé en poste à l'accueil de l'institut médico légal, tassé dans son fauteuil à attendre que l'orage passe, subissait l'ire du policier depuis dix longues minutes et priait pour que son patron vienne au plus vite le délivrer de cet énergumène. Ses espoirs furent vite récompensés.

Le responsable ne tarda pas à pointer son nez . Médecin réputé, Alphonse Lombard ressemblait aux scientifiques photographiés au siècle dernier. Un front large sur un visage étroit, greffé d'une longue barbe grise. Les deux hommes s'étaient croisés maintes fois sans avoir eu l'opportunité de s'adresser la parole. Cependant les circonstances actuelles obligeaient ce dernier à devoir se justifier en personne. Sa poigne était ferme.

  • capitaine dit il d'une voix conciliante et mielleuse, voulez vous me suivre dans mon bureau je vous prie ?

Merck prit son mal en patience et accepta d'être conduit dans un bureau situé au premier étage de l'aile droite de la morgue. Exigu et doté d'une seule fenêtre, un tas de paperasse avait prit possession des lieux comme l'aurait fait de mauvaises herbes dans un jardin abandonné. Le policier s'assit sur une petite chaise inconfortable entre deux piles de dossiers plus hautes que lui tout en doutant que ce bureau soit réellement celui de Lombard. Le directeur ferma la porte, ce qui accentua l'impression d'étroitesse, et vint s'assoir devant Merck.

  • Je comptais vous prévenir personnellement lâcha Lombard en caressant sa barbe, je m'excuse au nom de tout mon service.

« Bien sur » songea le policier, amer. Cette disparition avait de quoi l'embarrasser et il tentait de se dédouaner par de plates excuses. Merck, au contraire, était bien décidé à le mettre devant ses responsabilités et à le faire avouer. Lombard détourna le regard pour observer au travers de sa fenêtre les bateaux mouches parés de puissants projecteurs voguer sur la Seine . Il resta ainsi pensif tel un philosophe songeant au monde puis il s'éclaircit la gorge et fixa le policier avec un air détaché.

  • En attendant le résultat de l'enquête sachez que vous avez notre entière collaboration inspecteur. Nos bureaux vous sont ouverts et le personnel est disposé à répondre à toutes vos questions si vous en avez dit il pour jeter de l'eau sur le feu.

Des foutaises qui n'adoucirent pas l'humeur massacrante du policier. Lombard savait pertinemment que le Procureur de la République de Paris chargerait un autre service de police de faire la lumière sur cette disparition. Merck devrait se contenter du fait accomplit et attendre des résultats qui ne viendraient jamais.

  • Dois je vous rappeler qu'au niveau du code pénal cela reste du recel de cadavre. Administrativement vous êtes responsable de cet établissement. Les fautes commises retombent sur vos épaules.

Cette pique, de pure forme, était destinée à sonder l'état d'esprit de Lombard. L'homme avait des appuis puissants et ce n'était pas un « petit »  capitaine de police  qui allait chatouiller la montagne. Merck voulait juste s'en assurer avant de lui balancer sa carte maitresse en pleine figure.

  • Je prends la responsabilité de ce drame et j'en assumerai toutes les conséquences lâcha t il comme si Merck avait tiré aux fléchettes sur un mur en béton armé.

Indirectement cela signifiait deux choses. 1/un joli chèque pour la famille du défunt en échange de l'abandon de poursuites devant les juridictions administratives. Après la colère et les pleurs tout finirait par rentrer en ordre...2/ Lombard avait du assurer ses arrières. Malgré ce grave incident il resterait en poste.

  • Je suppose que vous avez lancé une enquête ?

Des investigations qui selon le policer mènerait au néant.

  • Je me suis empressé de le faire rétorqua le docteur d'un ton pâteux. J'ai personnellement interrogé le personnel concerné. Le corps a bien été déposé hier soir. Tenez.

Sa main lui remit l'extrait d'enregistrement et de dépôt de corps dument tamponné et signé. Merck s'empressa de le consulter. Tout paraissait en règle.

Mais c'était un faux destiné à le tromper. Autrement dit un vrai document avec de vrais tampons rempli de mensonges. Cela confirmait son intuition: le directeur de la morgue ne voulait pas qu'on découvre la vérité. Le policier fit mine de tomber dans le panneau. Le petit jeu auquel se prêtait Lombard n'allait pas durer longtemps.

  • Que donnent vos caméras de surveillance?

  • Elles sont déficientes, surtout dans les sous sols où il y en a peu. Les enregistrements sont à votre disposition si vous le souhaitez.

Autant regarder un téléviseur débranché songea Merck.

  • Et les gardes ?

  • Une patrouille circule toute les heures par équipe de deux personnes. Ils n'ont rien vu et rien entendu de suspect. En outre personne ne s'est présenté chez nous entre l'heure de dépôt du corps et ce matin. Ce fut le dernier cadavre de la journée et de la nuit. Par ailleurs Nous n'avons trouvé aucune trace d'effraction.

  • Qui à le double des clefs ?

  • Cela dépend de ce que vous entendez pas clefs. En dehors des clefs individuelles il y a un passe différent pour les trois entrées principales, quatre pour les salles d'autopsie, ajouter celui du parking ainsi que ceux des chambres froides. Je peux vous en fournir la liste précise.

Une multitude de clefs pour multiplier les fausses pistes. Merck reconnu que Lombard menait bien sa barque.

  • Si je résume docteur, l'enquête n'aboutira pas ironisa le policier lassé de cette supercherie.

Lombard se pinça les lèvres.

  • allons inspecteur on dirait que vous nous soupçonnez de cacher quelque chose. C'est ridicule.

Le policier, à son habitude, n'était pas venu les mains vides et dans ce jeu d'échec il comptait bien faire mat. Il prit un temps calculé pour sortir de la poche de sa veste un bout de papier chiffonné où se trouvaient inscrits à la va vite deux noms. Merck le fit glisser sur le bureau de façon à ce que Lombard puisse les lire. Son attitude jusque là sereine s'évapora de ses traits. Le policier appréciait particulièrement ces moments où les situations basculaient in extrémis en sa faveur. Restait à voir comment le directeur de la morgue allait gérer ce coup de théâtre.

  • La vérité est que le corps n'est jamais arrivé jusqu'à vous dit Merck en frappant du poing sur la table.

Par Monroman - Publié dans : Chapitre 3 - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /2009 04:28
 
  • Cela vous va comme un gant se permit le responsable de la cellule habillement tout en reculant pour laisser au nouveau Légix le soin de s'observer devant la glace.

Bon ne partageait pas cet enthousiasme. Il se mit de profil et tripota les zones où le tissu baillait.

  • vous n'avez pas la taille inférieure ? Réclama t il. J'ai l'impression de flotter dedans.

  • Vous allez vous y faire monsieur, c'est toujours comme ça au début, surtout quand c'est la première fois que l'on endosse un uniforme; si je vous donne la taille en dessous vous allez vous sentir à l'étroit. Privilégions l'aisance dans les mouvements et pensez que l'on peut vous couvrir d'un gilet par balles, d'un ceinturon ou d'autres accessoires. Faites confiance, j'ai habillé beaucoup d'hommes dans ma carrière et je ne me suis jamais trompé.

Le miroir reflétait l'image d'un homme grand et maigre, à la stature un peu raide, engoncé dans un treillis blanc molletonné et supportant autour du cou une longe chaine en or surmontée d'une grosse croix noire, unique signe distinctif de son nouveau rang. Les choses avaient bien changées en vingt cinq ans. A commencer par son physique marqué par les sournois assauts du temps. A quarante sept ans Bon gardait le charme de ses jeunes années, mais pour combien de temps encore ? Sa chevelure châtain clair, dorénavant clairsemée, virait au gris des philosophes. De profondes rides horizontales sillonnaient son front plat aidées de leurs fidèles et détestées complices, de petites pâtes d'oies positionnées aux coins de ses yeux marrons cernés par la fatigue. Ses joues autrefois creuses s'empâtaient et lui conféraient, sous un certain angle de vue, un air jovial qui ne correspondait pas avec l'ensemble de sa physionomie, emprunte d'austérité. Il caressa la croix noire qu'il portait sur son ventre. Son contact était lisse et froid. Que de chemin parcouru au travers de la complexe hiérarchie des serviteurs de Dieu ! Le gratte papier des archives angéliques avait gravit un à un les différents échelons en restant volontairement loin des jeux et des luttes de clans. Sa stratégie de neutralité et la reconnaissance de ses compétences avaient finit par payer sur le long terme. Le poste de primo commandant aurait du couronner sa longue carrière, du moins c'est ce qu'il avait cru avant sa rencontre avec l'ange Carelis. Emprunt d'appréhension face à ses nouvelles responsabilités, Bon sentait désormais peser sur ses frêles épaules le poids de ce grade légendaire. Il touchait du bout des doigts un mythe. De grands noms de Légix lui revinrent en mémoire, ceux qui aux prix de lourds sacrifices avaient fait reculer le mal et qui désormais trônaient par centaines au panthéon des héros de Dieu. Allait on se souvenir de lui? Totalement inexpérimenté, il partait de zéro: sa connaissance en tactique se résumait à une feuille blanche et le maniement des armes lui était inconnu. Pas évident pour être accepté d'entrée par des troupes vétérantes. Là résidait l'essentielle différence avec la gestion de crise depuis l'abri réconfortant d'une salle de commandement. Bon ne serait plus caché derrière un écran à diriger des points scintillants sur une carte. Il était maintenant l'un de ces points. Et parfois lors de combats acharnés ces points venaient à disparaître...

Un primo sergent se présenta et se mit au garde à vous.

  • La salle de réunion est prête Légix.

  • J'arrive dit il en relâchant sa croix comme si elle était trop lourde à porter.

Le sous officier s'éclipsa après un court salut.

L'ange n'avait pas perdu de temps en bavardages inutiles et leur entretien s'était terminé comme il avait commencé: en allant droit au but. Sa main parcheminée avait effleuré celle de Bon et il s'était retrouvé dans sa base d'origine. Pas d'explications, juste un geste anodin, presque impoli. Finit le soleil radieux et la plage de sable blanc, retour au béton gris et froid de la case de départ. Une autre téléportation fulgurante dont l'ancien primo commandant se serait bien passé. Pourtant elle s'était déroulée aussi naturellement que de se déplacer d'une pièce à une autre, sans qu'il eu éprouvé de séquelles psychologiques ou physiques. Son retour à la base était attendu de pieds ferme. A peine était « arrivé » qu'une cohorte d'administrateurs et de soldats l'avait entouré tel le messie, chacun avec son lot de questions et de directives à contre signer. En effet des dispositions avaient été prises par Carelis alors qu'il se trouvait dans l'avion le menant à Londres, une anticipation destinée à gagner du temps sur les préparatifs de l'assaut. Pourquoi dans ce cas l'ange ne s'était il pas rendu directement à Paris pour s'entretenir avec lui ? Bon l'ignorait et de toute façon il avait d'autres chats à fouetter.

Dernière touche à son uniforme en dehors de l'arme, on le ceignit d'une magnifique cape pourpre frappée de la croix du christ.

Bon inspira un bon coup et quitta la salle d'habillement pour rejoindre la salle de briefing, encadré par sa garde personnelle. Pour cela il emprunta les longs couloirs de la base qui fourmillaient d'activité. Les serviteurs s'écartaient à son passage et le regardaient avec admiration. Un peu embarrassé par ces soudaines marques de déférences Bon se contentait d' hocher la tête. Voir un Légix arpenter la base représentait un événement pour ses employés. Qu'il le veuille ou non il était devenu un objet de curiosité. En France, le dernier Légix datait de la fin du 19ème siècle. Un certain Karl Perrus, membre de la ligue des Frères de combat, avait été élevé à ce rang pour aller combattre un clan de démons au fin fond des Pyrénées. Une victoire payée au prix de sa vie. Était ce là son destin ? Celui de périr dans la bataille au milieu des siens, son épée gorgée du sang des traitres ? En soit l'idée de la mort ne l'effrayait pas car depuis la révélation il savait que l'existence sur terre n'étant qu'un passage éphémère. Le réconfort se trouvait ailleurs, au delà du du voile de la réalité, dans un monde meilleur où son âme jouirait d'une éternité de bonheur.

Néanmoins à chaque seconde son cœur pompait des litres de sang pour les réinjecter dans le circuit complexe de ses vaisseaux sanguins. Éloigné du concept abstrait et étranger d'immatérialité Bon se sentait avant tout comme un être humain, à l'image de milliards de ses semblables, doté d' une personnalité unique et d'un vécu propre et il n'était pas encore prêt à envisager sa mort comme une renaissance.

La salle de réunion ultra moderne aux murs garnis d'écrans plats était constituée d'une longue table en ébène flanquée de fauteuils occupés par les officiers des différentes sections. Des vétérans sûrs et capables. Ils se levèrent en silence lors de son entrée. Bon n'en connaissait aucun. Cette fois ci les rôles étaient inversés: il lui incombait prendre la décision finale, celle qui allait engager la vie de dizaines d'hommes et de femmes. Les spots du plafond disposés en cercle concentriques n'éclairaient que la table. Debout les soldats ne présentaient aux cônes de lumière que leurs torses, les visages demeurant en retrait dans l'ombre. Certains d'entre eux devaient le scruter avec des yeux de loups. Que pensaient ils de lui ? Le prenaient ils pour un parvenu ? Sûrement. De l'avis général les Légix provenaient du rang où seuls les plus téméraires et les plus courageux se voyaient récompensés par ce titre. On l'avait nommé sans preuve de sa vaillance, il devait donc produire le maximum pour se faire reconnaître par ses subordonnés. Bon prit place au bout de la table et s'éclaircit la gorge pour s'adresser à son auditoire silencieux.

-Messieurs vous pouvez vous asseoir.

Les officiers s'exécutèrent toujours aussi silencieusement. Bon ignorait le protocole de ce genre de cession. Il opta pour aller droit au sujet.

- messieurs comme vous le savez nous avons la noble charge de retrouver rapidement deux démons en fuite sur notre zone de compétence. Ceux ci pensent nous échapper en se réfugiant dans les égouts parisiens. C'est une erreur. La main de Dieu que nous sommes peut frapper partout et où bon lui semble. Ce sera le cas aujourd'hui, nous montrerons à l'Adversaire que nous restons impitoyables envers ses créatures. Je vous écoute.

L'un des chef de section prit la parole. C'était un homme jeune au crâne rasé, une large cicatrice barrait sa joue droite. Il tenait une télécommande dans la main droite.

  • Primo lieutenant Mark. Section des éclaireurs. Permettez moi de vous présenter la situation.

Bon l'invita d'un geste de la main à poursuivre.

  • L'opération s'annonce difficile car elle sera essentiellement ciblée sur les égouts. Un vaste réseaux de souterrains non éclairés. Les derniers plans dont nous disposons remontent au début du siècle, ils sont approximatifs et nos archives ne disposent d'aucune autre source de renseignement- il tendit son bras et appuya sur la télécommande, les écrans affichèrent le plan des égouts. On distingue- il marqua avec un pointeur rouge différents endroits de la carte.- ici et là quatre entrées possibles et rapprochées. Le désavantage est l'étroitesse des tunnels, ils permettent juste le passage des hommes en file indienne. Ainsi en cas de contact hostile seul le premier soldat de la colonne pourra faire feu sans espérer avoir de couverture. Autant dire un massacre couru d'avance.

  • Et l'usine ?

Le primo lieutenant regarda ses proches collaborateurs, l'un d'entre eux hocha la tête pour l' encourager à poursuivre. D'un coup de doigt sur la télécommande il remplaça le schéma des égouts par celui de l'usine désaffectée.

  • les précédentes occasions d'attaques frontales se sont toutes soldées par des échecs sanglants et ce pour plusieurs raisons. D'une part le terrain est miné, il regorge de pièges mortels et nous ne disposerons pas du temps nécessaire pour les désamorcer. D'autre part un assaut direct sonnerait le glas de la discrétion. Nos hommes devront avancer à découvert sur près de cinquante mètres. Les goules auront alors tout le temps de se regrouper et de fondre sur nous. Il vaut mieux les surprendre ailleurs et frapper vite là où elle s'y attendent le moins. Nous suggérons donc de laisser l'usine désaffectée pour se concentrer sur le réseau tentaculaire des égouts.

  • N'avez vous pas dit que cela serait suicidaire pour nos hommes? Objecta le Légix de ce qu'il avait retenu du premier exposé.

  • Pas si nous utilisons les sectors monsieur. Combinés à de petites unités très mobiles ils pourront faire des ravages dans les rangs ennemis. La tactique que nous vous proposons serait la suivante. On condamne deux entrées. On pénètre par les deux autres, sectors en tête. Suivront des unités de combat rapprochés équipées de capteurs infra rouges et de casques à vision nocturne ainsi que de lances flamme. Ils sécuriseront la zone au fur et à mesure de leur progression. Les senseurs des sectors nous enverrons en direct un relevé de la typographie des lieux et pourront capter les signatures énergétiques des deux démons. Une fois ces données superposés aux plans d'origine les égouts n'auront plus de secret pour nous. Le reste de la troupe pourra suivre sur un chemin balisé. Par prévention nous laisserons des snipers aux abords de l'usine même si les goules ne sortent jamais le jour.

  • Et si les sectors flanchaient ?

  • La cellule robotique nous assure une autonomie de plusieurs jours. Les modèles livrés ont été testés et sont parés au combat. Nous avons volontairement apporté quelques modifications. Des armes blanches type poignards et épées ont été greffées sur leurs avant bras droit à la place de leurs traditionnels canons de 7,62 mm. Même s'ils sont capables de moucher à chaque tir on ne peut mettre en péril la sécurité de nos hommes et risquer d'endommager les tunnels dont certains remontent au siècle dernier. L'autre bras supporte trois canons légers de 9 mm à cadence rapide. Ces armes nous seront utiles une fois la tête de pont établie et en cas de contre attaque. Nous voulions les équiper de lances flamme mais nous manquons de temps.

Le spectre des échecs précédents flottait sur les consciences. Ce plan voulait préserver la vie des hommes et limiter les risques. Un bon plan dans son ensemble. Souci, en général les plans parfaits n'existaient pas surtout avec un ennemi imprévisible et une méconnaissance du terrain.

  • As ton une idée de leur nombre ?

Un autre militaire toussota et leva la main pour prendre la relève. L 'homme devait dépasser la cinquantaine, un record au vue des statistiques d'espérance de vie des hommes de terrain. Chauve, il épongeait de temps en temps son crâne perlé de sueur à l'aide d'un mouchoir de poche. Son uniforme, aux couleurs délavées, faisait ressortir son ventre rondouillard, preuve d'un manque d'exercice et d'un penchant pour les plaisirs de la chair.

  • Primo capitaine Hawking des renseignements. Je vous ai transmit une note sur la nature de l'ennemi, en voici un résumé. Selon nos estimations le nombre des goules serait compris dans une fourchette allant de 10 à 40. C'est peu mais elles manquent d'espace et de nourriture pour se développer, on doit donc tabler sur une meute de niveau 1 voir 2 au grand maximum. Une goule dispose d'une force moyenne de 1,7 à 2,1, 1 étant la référence base-homme. Autant dire qu'elle est faite pour le corps à corps. Cette saloperie, si vous me permettez cette expression monsieur, est sensible à toutes les armes et n'absorbe pas les dommages. Une ou deux balles bien placées suffisent. Il est donc primordial pour nos hommes de les abattre à distance et d'éviter tout contact rapproché. Certaines sont venimeuse, d'où l'importance de désinfecter immédiatement les plaies avec les produits fournit dans les trousses de secours auxiliaires. Point essentiel : nos affrontements précédents ont démontré qu'il ne fallait surtout pas les sous estimer. Elles sont vicieuses et ne reculent devant rien. Leur tactique est toujours la même: faire diversion, attirer les nôtres à un endroit précis où elles disposent de l'avantage du terrain et du nombre. Elles prennent l'initiative uniquement si elles sont en supériorité numérique. Seule, une goule n'attaquera jamais.

    Là n'était pas le plus inquiétant pour Bon.

  • Le chef de bande, ce Tanarbrak, a t il des pouvoirs ?

    Cette question prit de court Hawking qui du aller fouiller dans ses papiers. Les autres officiers échangèrent des regards embarrassés. La pire inconnue était les pouvoirs dont étaient dotées certaines créatures surnaturelles.

  • Cela dépend monsieur tempéra le spécialiste. Si elle a été le familier d'un démon, ce qui à mon avis est à peu près sûr, elle disposera de quelques tours mais pas de quoi repousser une attaque ou soutenir une défense. De là à parler de pouvoir, cela me semble exagéré.

  • Qu'avons nous sur les relations qu'entretient l'Adversaire avec les goules, autrement dit, a quel accueil doivent s'attendre les démons en fuite?

    Hawking reprit de l'assurance.

  • Tanarbrak n'est sous la tutelle d'aucun démon et gère sa meute indépendamment . A ce que nous savons il monnaye ses services et fournit divers renseignements contre des victimes fraiches ou des objets. Les clans sont ses alliés, s'en prendre à deux de ses membres signifierait indirectement leur déclarer la guerre. Or Tanarbrak y aurait trop à perdre. Selon moi les démons disposent d'une forme de droit d'accès sur son territoire, ils ne seront donc pas inquiétés. A l'heure actuelle où je vous parle nous se savons pas s'ils se trouvent toujours dans les égouts. Ce qui reste certain c'est qu'ils ne sont par sortis par les voies d'accès placées sous surveillance continue.

    Le primo lieutenant Mark s'agita sur son fauteuil.

  • Légix ?

  • Oui.

  • Savez vous si nous aurons l'honneur de nous battre aux côtés des divins ? Si nous tombons face à face avec deux démons nos chances de victoire sont quais nulles.

  • Nous avons la foi primo lieutenant, c'est la meilleure des armes. Dois je vous le rappeler ! S'emporta Bon en apparence même si en secret il partageait cette opinion sensée. Le jeune officier n'avait pas tort. S'attaquer à un nid de goules était une chose, affronter des démons en était une autre, surtout sans pouvoirs pour s'y mesurer. Carelis avait évoqué des renforts. Problème il n'en voyait toujours pas la couleur alors que l'assaut était sur le point d'être lancé.

    Bon croisa les mains.

    Elles étaient moites.



 

Par Monroman - Publié dans : Chapitre 3 - Communauté : Autres Mondes...
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Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /2009 10:04
 

La berline noire roulait à vive allure sur le chemin  escarpé et poussiéreux qui menait a un monastère juché au somment d’une colline du sud du Maroc. Non loin derrière, deux gros 4x4  suivaient tels deux chiens de garde fidèles à leur maitre.  Dans le monastère  une inhabituelle effervescence agitait ses pieux occupants. Les cloches sonnèrent six coups et un petit groupe de moines se précipita du bout de leurs sandales de vieux cuir tanné pour ouvrir le lourd portail en fer forgé datant du 13 ème siècle et fièrement entretenu.  Les trois véhicules ne ralentirent pas et passèrent devant eux en soulevant de gros nuages de poussière. Le père Buccio, inhabituellement crispé par une visite surprise en pleine nuit, se plaça sur le parvis et frotta plusieurs fois sa bure aux fins d’en chasser toute trace de saleté apparente. La chaleur écrasante de la nuit collait à sa peau ridée par le poids des années. La berline freina et stoppa à sa hauteur. Il s’empressa d’ouvrir la porte arrière et se courba avec déférence réveillant à l'occasion sa douloureuse hernie discale .

- Bienvenu monseigneur Kadfael dit t il les yeux rivés sur ses chaussures tandis que l’air climatisé confiné dans la voiture lui caressa le visage d’une douce fraicheur. C'est toujours un plaisir de vous voir en ces lieux.

Un jeune homme  blond au teint basané sorti du véhicule en souriant de ses dents trop blanches pour être naturelles. On aurait dit un acteur d' hollywood venu faire la présentation de son dernier film. Grand, il portait un costume de grande marque et des lunettes de soleil tout aussi luxueuses recouvraient ses yeux. Il leva la tête pour regarder le panache d'étoiles scintillantes puis la silencieuse assemblée de moines.

- j’ai fais un très long voyage pour venir ici, alors ne perdons pas de temps ! lui répondit Kadfael d'un ton sec et sans ménagement.

Voyant que Buccio restait ployé en deux  il le somma de se redresser et  de le conduire à l’intérieur, au frais. Le petit homme rondouillard s’exécuta et marmonna quelques mots d'excuse inaudibles avant de prendre les devant. Les moines croisés sur le trajet déguerpissaient comme des volées de mouches, leurs sandales claquant sur le sol de pierre blanche. Le père Buccio regrettait amèrement  de ne pouvoir faire de même et sentait peser dans son dos le regard inquisiteur de Kadfael. Ils arrivèrent dans son bureau au confort spartiate, une petite pièce modestement meublée d'une armoire, d'une table et d'une chaises, où s’entassaient livres, paperasse et divers documents.  Le père dégagea la table des papiers qui l’encombraient en empilant tout sur un côté, sans prendre la peine de les trier. Il n’osait croiser le regard de l’homme, toujours caché derrière ses épaisses lunettes sombres. 

  • Pardonnez ce désordre s’excusa le moine. Souhaitez vous une collation ?

  • je vois que la qualité de l’accueil s’est dégradé depuis ma dernière venue …coupa Kadfael en n'humidifiant les lèvres.

    Il dégrafa les boutons de sa veste un par un, en prenant son temps et s’assit à la place du moine, la vieille chaise grinça.  Buccio devait rester debout, une position qui n'allait pas arranger ses rhumatismes. D'un coup de main le moine chassa d'une main tremblante la sueur accumulée sur son front ridé. Le monastère, de part l'épaisse largeur de ses murs de pierre, préservait ses occupants de la chaleur extérieure. Pourtant il avait toujours aussi chaud et aurait tout donné pour être ailleurs, même en enfer. Une visite impromptue était toujours mauvais signe. Avait il commis une faute ? Un filet de sueur froide dégoulina le long de son dos vouté.

  • Ton service est il toujours le meilleur en identification ? Les doigts de Kadfael martelèrent d'impatience le bois de la table.

  • Oui. Nos analystes peuvent remonter tout type de source.

  • Justement j'en ai une à te soumettre.

D'un coup les épaules du moine s'affaissèrent de soulagement et la tension accumulée depuis le début de l'entretien dans son ventre disparut vers le fin fond de ses entrailles. Il n'allait pas connaître le sort de son prédécesseur.

Dans sa mémoire résonnait encore les cris de souffrances du père Georges crucifié dans le cloitre sous les yeux de tous les moines, témoins obligés du supplice punitif. Une nuit terrible, la pire de son existence, transformée depuis en un cauchemar perpétuel qui le hantait durant chacun de ses sommeils.

Ce soir là la blancheur pâteuse de la lune se reflétait sur les visages des moines tendus par l'angoisse et alignés en trois rangées silencieuses; une couleur qui ne faisait qu'aggraver leur pâleur extrême. Buccio ne se démarquait pas des autres. Placé au premier rang selon son statu hiérarchique il aurait tout donné pour être privé de son ouïe et de sa vue. Alors à défaut de se boucher les oreilles Buccio fixait un point imaginaire. Oh ce n'était qu'une une protection inefficace, il le savait. Dès le début de la cérémonie il serait tenu de tout suivre la tête droite et les yeux grands ouverts, lui le moine désigné pour la digne succession. Pourtant le courage manquait. Ses mains formèrent des poings de chair blanchie. Buccio n'était pas prêt à affronter ce qui allait suivre et il se dit que son futur poste exigeait beaucoup plus qu'il ne pouvait donner.

Des lamentations surgirent des entrailles du monastère, les têtes se tournèrent instinctivement dans la direction des cris: un porte ouverte qui donnait sur un escalier, celui des caves. Buccio senti son cœur battre la chamade comme s'il voulait s'échapper de sa prison naturelle constituée de sa cage thoracique. On amenait le supplicié. Le pauvre homme y était resté enfermé sept jours consécutifs, sans boire ni manger, à attendre l'heure de sa condamnation certaine. Coupable ! Un à un les sept juges avaient prononcé la sentence après une instruction rapide. Seul réconfort pour son âme le recours à la question fut écarté. Cela ne faisait aucun doute, l'abbé George avait vendu son âme et livré de précieuses informations à l'ennemi, acte de trahison abjecte qui se traduisait par la mort et la damnation éternelle.

Conformément à la tradition les moines entamèrent des chants liturgiques, Buccio chanta encore plus fort que les autres pour couvrir les hurlements du condamné, mais cela ne suffisait pas. L'être voué à une mort atroce lâchait ses dernières forces à pousser des cris surhumains qui jaillissaient des entrailles obscures des escaliers menant aux caves. Il implorait grâce et pitié. Deux moines costauds apparurent au sommet des marches. Ils tiraient avec force sur de grosses chaines rouillées. Le crâne tuméfié du père George finit par surgir sous l'éclairage blafard de la lune. Dévêtu il se trainait au sol à quatre pattes, les coudes et les genoux en sang. On le tirait sur chaque mètre, ses mains s'accrochaient tant bien que mal au sol là ou les vielles pierres formaient des aspérités naturelles, mais elles ne résistaient pas longtemps à la force combinée des deux moines. Pour lui chaque centimètre représentait un répit de vie sur le court chemin le menant à la mort. Pourquoi avait il trompé le Seigneur ? Pourquoi ne pas accepter dignement son sort? Ces questions, Buccio aurait voulu les poser au condamné pour comprendre. Utilisant ses dernières réserves le père Georges tendit ses bras squelettiques et parvint à se cramponner à une poutre. Buccio nota la faculté qu'avait le corps humain à lutter pour sa survie. Cet homme frêle et affaibli par les privations déployait une énergie surprenante. Celle du désespoir. Ses gardes lâchèrent les chaines et lui assénèrent une série de coups de pieds au niveau des bras pour lui faire lâcher prise. Ses forces l'abandonnèrent définitivement et il céda. Triste scène. La pitié envahit Buccio qui se retint de justesse de se porter à son secours. Cela lui aurait valu le même sort. L'abbé fut trainé jusqu'au centre du cloitre. Il ne criait plus et fixait l'assistance telle une bête conduite à l'abattoir. Lâches, aucun des moine présent ne voulu croiser son regard, touts chantaient cantique. Jusque là flanqués en retrait sous les galeries les sept juges vinrent à leur tour au devant de la scène en une lente procession et se placèrent en cercle autour du supplicié. Ces hommes étaient tous vêtus de la même façon. Ils portaient une toge blanche et noire, surmontée d'une une capuche large et épaisse qui recouvrait leurs têtes encagoulées. Aucun résident n'avait vu leurs visages depuis leur arrivée au monastère. L'un d'eux tendit ses bras vers le ciel noir de la nuit.

- « homme de faiblesse, tes péchés sont le fruit indigne de ta trahison envers le Seigneur, tu as été jugé coupable, puisse Dieu avoir pitié de toi »prononça t il d'une voix grave qui se répercutait sur les quatre côtés du cloître. Puis il agita une main en direction d'un groupe de moines qui attendaient sur le côté.

- « pitié! Pitié! »  Hurlait le père Georges entouré de ces visages invisibles.

Les quatre moines soulevèrent une bâche et découvrirent une grosse croix en bois tandis que le condamné s’époumonait à demander pardon à ses bourreaux. Les juges brisèrent leur cercle et l'homme fut trainé à bout de bras vers la croix. On le coucha sur le bois sec et on lia ses poings et ses bras avec une solide corde. Un des juges vérifia rapidement la solidité des liens et hocha la tête en guise satisfaction. L'abbé ne criait plus, ses lamentations avaient cessés. D'une pâleur livide il observait la lune, seule témoin céleste de sa mort. La croix fut hissée, maintenue en équilibre et clouée au sol. Puis les juges se retirèrent en file indienne. Les autres spectateurs n'avaient pas cette chance et devaient rester sur place pour assister à l'intégralité du supplice. Le père Georges allait mourir asphyxié dans des douleurs atroces. Le poids du corps, sous l'effet de la gravité, se déplaçait progressivement le long de ses bras et sur son torse tétanisant les muscles à l'extrême des capacités de résistance humaine. Pouvant de moins en moins respirer suite à la dilatation se sa cage thoracique, le crucifié, pour acquérir un nouvel apport d' air frais, devait prendre appui sur ses pieds. Or raidir les genoux demandait un effort aussi constant que celui de respirer. Cet interminable exercice se transformait en un torrent de douleur au fur et à mesure que le poids du corps entier basculait inexorablement dans les bras. Les yeux révulsés, l'abbé étira son coup au maximum, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson jeté hors de l'eau.

Son calvaire dura trois heures.


Kadfael retira ses lunettes de soleil, laissant apparaître deux yeux doté d'un mélange subtil de vert et de rouge. Son visage restait le même malgré les quarante années passées depuis sa dernière visite alors que Buccio, jeune moine, entretenait les jardins. Les traits parfaits dotés d' un nez anguleux pointant sur une petite bouche en amande.

  • Allons mettre un nom sur ce signal dit il en se levant.

  • Veuillez me suivre l’invita le moine en lui faisant signe de passer devant lui. Sa bure était trempée de sueur.

Ils quittèrent le bureau et empruntèrent les dédales du monastère.  Après quelques minutes qui parurent au père Buccio une éternité ils arrivèrent enfin dans une vaste bibliothèque où s'affairaient une dizaine de moines en toges noires.  Outre les étagères garnies de vieux ouvrages, les bureaux d’études étaient équipés d’ordinateurs derniers cris, de cartes, de fax et même d’une salle forte regorgeant d’armes au cas où l'ennemi se déciderait à leur rendre une petite visite, ce qui n'était jamais arrivé en quatre siècles. L’ordre et le travail régnaient dans un silence pieux. Le père Buccio entra et frappa des mains. L’ensemble des moines présents dans la pièce cessèrent leur activité pour porter leur attention vers eux. Tout le monde resta en suspend, l'appréhension les clouait  à leurs places respectives et même l'annonce d'une attaque nucléaire imminente ne les auraient pas fait bouger d’un pouce.

  • Je vais avoir besoin de vous s'exclama Kadfael en brandissant une clef usb. L'un de vous peut il me déchiffrer la source contenue la dedans?

Le professionnalisme reprit le dessus sur leurs craintes. Plusieurs moines se précipitèrent à ses pieds, bien heureux de trouver en cette occasion la possibilité d'attirer les bonnes grâces de leur supérieur.

La clef fut introduite dans un énorme ordinateur prénommé GAIA. La machine analysa rapidement son contenu et lâcha son verdict sur un écran. SOURCE INCONNUE.

Les moines furent d'abord surpris car aucun signal ne résistait en principe à GAIA. Ils optèrent alors pour une recherche manuelle. On confia cette délicate mission à un éminent spécialiste des signaux démoniaques, le père Tark. L'homme de foi avait donné soixante ans de sa vie à l'étude des sources de l'Adversaire. Si lui ne trouvait pas alors personne ne pourrait y parvenir.

Qui pourrait alors retenir la fureur de Kadfael ?

Par Monroman - Publié dans : Chapitre 3 - Communauté : ecrivains en herbe
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Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /2009 20:15
 



  • Voulez vous une cigarette ? proposa Lombard, fragilisé à la vue des deux noms.

Les murs de sa stratégie se fissuraient.

  • Non merci. Je ne fume jamais pendant mes interrogatoires.

Le médecin en alluma une. La fumée s'éleva en volute au dessus de sa tête dégarnie.

  • Me prendriez vous pour un délinquant ? Objecta t il en tentant une dernière estocade, celle de l'homme outré par une insulte portée à son honnêteté.

  • Vous en prenez la fâcheuse apparence et je le regrette. Merck compta sur ses doigts. Résumons: fausse déclaration devant un officier de police judiciaire, dissimulation de preuves, faux en écriture publique, recel de cadavre, ...déjà une belle liste. Je doute que vos amis vous soutiennent à ce point.

Lombard hocha la tête et regarda le bout incandescent de sa cigarette sur lequel il lâcha une longue trainée de fumée. Le masque tombait.

  • que voulez vous au juste?

  • La vérité. Vous auriez pu berner n'importe qui y compris moi même si je n'avais pas apprit certaines choses avant de venir ici. Votre système de défense est bien rodé cependant il présente une faille: ce sont les deux hommes qui étaient chargés de transférer le corps de Gabriel Charon, ceux que j'ai vu sur la scène de crime emporter le cadavre.

  • Et ? Lombard fit tomber les cendres de sa cigarette dans sa poubelle. Coriace,il espérait sans doute que le policier bluffait.

  • Quand j'ai apprit que le corps de Gabriel Charon avait disparu je me suis d'abord demandé s'il était effectivement arrivé jusqu'à la morgue. Or après quelques coups de fils et consultations des télégrammes de la police il s'avère qu'un fourgon mortuaire a été retrouvé abandonné en pleine voie à hauteur de la place Concorde. Mais Vide. J'ai fait le lien. Quand vous m'avez exhibé votre faux document j'ai tout de suite comprit que vous me cachiez quelque chose. On recherche toujours les deux employés dont les noms figurent sur ce papier ainsi que le cadavre. Quel serait l'intérêt pour deux employés de partir avec un macchabée sous le bras à la vue de tous ? Un: autant le faire dans un lieu discret et pas en plein Paris. Deux: Le temps des trafiquants de corps pour la médecine est révolu. Reste celui des organes mais le bon sens commande de les voler après l'autopsie et non avant. Trois: Pourquoi les couvrir en faisant un faux certificat de dépôt de corps?

Les cartes étaient jetées. Lombard se leva, ouvrit la fenêtre et jeta son mégot à l'extérieur. Un vent froid s'engouffra dans la petite pièce arrachant à Merck un semblant de frisson. Le directeur de la morgue resta un instant interdit, figé dans le spectacle de la contemplation de Paris.

  • inspecteur, je dois vous avouez que je vous ai sous estimé dit il enfin en se retournant. Avant de parler il me faut votre promesse d'homme d'honneur que rien ne sortira d'ici.

  • Je suis flic, pas un chevalier monsieur Lombard. Je n'ai par conséquent rien a promettre. Je vous écoute, j'aviserai ensuite.

Son interlocuteur hésita à poursuivre cependant il lut la détermination dans le regard du policier et comprit que ce dernier ne s'en irait pas sans avoir eu des réponses. Qu'il y croit ou non.

  • vous avez raison, le fourgon n'est jamais arrivé avoua t il en croisant les bras.

  • Où sont les deux employés et le corps?

  • ils ont subit un choc émotionnel trop intense.

Ça ne répondait pas à sa question.

  • Pardon ? Merck se demandait ce que se serpent de Lombard allait encore inventer comme parade. Qu'entendez vous pas un choc émotionnel trop intense?

  • En des termes populaires ils sont devenus fous.

  • C'est une blague ? Vous pensez que je vais avaler ça ? Vous allez tout de suite me dire où ils sont sinon je vous colle en garde à vue.

  • Vous n'avez pas le choix inspecteur par ce qu'il n'y a pas d'autre alternative riposta Lombard, indifférent à la menace. Sa certitude désarma le policier. Je n'ai jamais été aussi sérieux de ma vie précisa t il mais le pire n'est pas là. Il baissa les yeux. Le corps...

  • quoi le corps?...

Lombard continuait à fixer le sol étrangement, comme s'il était plongé dans une autre réalité insondable.

  • Il n'a pas disparu. C'est lui qui s'est enfui murmura t il, livide.

Au cours de sa longue carrière dans la police et plus particulièrement au 36 quai des Orfèvres Frank Merck avait eu à traiter des dizaines et des dizaines de dossiers, du simple fait divers au sujet médiatisé à l'excès. Des violeurs, des braqueurs, des assassins, des pédophiles, des escrocs et autres délinquants inconnus ou célèbres avaient foulés le sol de son bureau. Des milliers d'heures d'auditions contre des millions d'alibis soigneusement démontés par un minutieux travail d'enquêteur. Les révélations du directeur de la morgue heurtaient de plein fouet ses convictions cartésiennes: les morts ne se relevaient pas, les morts ne cherchaient pas à s'enfuir. Ils finissaient sur la table d'autopsie découpés par le scalpel des légistes et ensuite entre quatre planches de sapin. Face à l'inconcevable son cerveau se réfugia au côté du rationnel. Lombard, adossé au mur, à court d'arguments et de mensonges sortait une histoire rocambolesque. Qui pouvait gober de pareils inepties ? Lombard se foutait de sa gueule et il détestait ça. Une piqure de rappel s'imposait.

En un bond il fut sur lui, son coude plaqué contre sa gorge. Le visage rouge, les veines du cou gonflées, le directeur effrayé tenta de se dégager. En vain. Merck colla son front contre le sien.

  • écoute moi bien salopard. Tu as beau être directeur, connaître du beau monde, j'en ai rien à foutre. Au début j'ai été patient. J'ai écouté tes bobards sagement assis sur ta chaise à la con. J'aurai pu d'entrée te passer les pinces et te ramener en garde à vue à la maison histoire de te tirer les verres du nez. C'est pas mon style, je suis plutôt pour la diplomatie même si mes agissements actuels laissent à penser le contraire. Tu m'aurais dit la vérité dès le départ et on aurait trouvé un arrangement à l'amiable.

    Lombard, à moitié asphyxié, chercha à parler.

  • Tss. J'ai pas finit. Tu as eu tout le loisir de causer et de me prendre pour le dernier des cons. Bref je me suis trompé sur ton compte. Avec toi la méthode classique ne marche pas. Faut être moins souple. Alors tu vas cracher au bassinet au lieu de me raconter des conneries à dormir debout. Tu prends un pourcentage sur les ventes d'organes, tes mecs ont foiré le coup et tu cherches à te disculper c'est ça? Il relâcha un peu son emprise pour le permettre de répondre.

  • Je...vous...dit la vérité...je vous le jure parvint il a dire entre deux spasmes respiratoires. C'est irréel... mais c'est vrai.

    Ces yeux là ne mentaient pas. Merck en eu la conviction et recula, effrayé par ce qu'il venait d'entendre de la bouche d'un médecin. Lombard s'affala le long du mur, les deux mains sur sa gorge devenue bleue. Un filet de bave coula le long de sa bouche, mouillant la moquette du bureau. Merck se baissa et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Lombard la repoussa.

  • Allez au diable!

  • C'est inutile soupira Merck. Ça fait longtemps que je suis damné.





Par Monroman - Publié dans : Chapitre 3 - Communauté : Autres Mondes...
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Jeudi 31 décembre 2009 4 31 /12 /2009 07:06
 

Le géant de métal lisse et argenté toisait Bon de son œil de cyclope rougeoyant. Assemblage complexe de mécanique et d'électronique l'androïde issu des dernières technologies était monté sur trois grosses pattes rotatives dotées de petites ventouses et de griffes déployables en fonction de la nature du terrain sur lequel il devait évoluer. Son torse, truffé de capteurs et de câbles, se rapprochait de la physionomie humaine : court au niveau des hanches il s'élargissait jusqu'à de larges épaules hérissées de pointes destinées à empaler l'adversaire. Deux longs bras articulés pendaient de chaque côté. L'un se terminait par deux poignards tranchants comme des rasoirs couplés à une épée rétractable; l'autre bras avait pour extrémité trois petits canons gorgés de projectiles divers. Sa tête effilée et de forme ovoïde se prolongeait jusqu'en bas du dos, telle une imposante queue de cheval en acier destinée à se prémunir contre toute attaque arrière. Le légix fit volte face. Il paraissait minuscule par rapport aux trois mètres du colosse de guerre. Ses hommes, rassemblés au garde à vous, attendaient l'ordre de départ sous le ronronnement des moteurs. Tous avaient conscience de l'importance du moment et des enjeux de la mission mais pas autant que Bon, sur les épaules duquel reposait leur destin. Le légix prit le temps de les observer un par un, droit dans les yeux, et vint à considérer ces hommes et ces femmes comme ses propres enfants. A présent et ce pendant quelques heures il tiendrait leurs vies entre ses mains. Ce fardeau supplémentaire déchirait sa conscience: jamais il ne pourrait se pardonner la perte d'un seul d'entre eux. Il se mit spontanément à genoux pour prier et se rendit compte que les sections l'imitèrent dans une ambiance pieuse et solennelle.

  • Seigneur conduit nous sur le chemin de la victoire, aide nous à terrasser les forces du mal. improvisa t il à haute voix en se signant.

    Tous firent de même.

    Sauf un.

Par Monroman - Publié dans : Chapitre 3 - Communauté : Gardiens des Mondes Fantasy
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