Prologue

Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /2009 14:16
 
«  Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu » La Bible, Génèse. 

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  «  Rien n’est si caché que l’on ne puisse le découvrir ni si secret qu’il ne puisse être connu »

Evangile de Mathieu

  « L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête. »
PASCAL  Pensées, 358.





Blanc. Tout était blanc à l'infini. Une couleur laiteuse et opaque sans dimensions ni frontières qu'aucune perception, si aiguë soit elle, ne pouvait percer. Pouvait on parler d'espace ou de dimension ? Personne n'aurait pu répondre à cette question, encore moins Gabriel dont les sens n'existaient plus. Certes il avait conscience de son existence en tant que tel mais il ne ressentait plus d'attachement à la matière, comme s'il avait été détaché de son corps et libéré de toute contrainte physique pour ne laisser place qu'à l'esprit. Curieusement il n'essayait pas de comprendre ce brusque changement d'état opéré en lui comme si cela était une chose naturelle.

Un homme apparut. Il était à la fois proche et éloigné, même si la distance n'était là qu'une notion abstraite. Petit, il portait une robe de bure dont la capuche cachait sa tête. Une de ses mains à la peau parcheminée le pointa de son doigt squelettique à l'ongle jaunit. Une voix grave et forte raisonna sans pouvoir dire si elle sortait de la bouche de l'inconnu.

- «  ahhhhhhhhhhhhhhhh ! » dit elle tandis que l'homme baissait son bras lentement, te voila revenu  »

Gabriel entendait parfaitement cependant il ne comprenais rien à ce que lui voulait ce moine , d'ailleurs qui était il et pourquoi venait t il troubler sa tranquillité?
La tête du moine s'agita sous la capuche brune. Il s'agissait d'un homme très âgé à la peau pâle et flétrie. Son nez aquilin séparait deux petits yeux blancs dépourvus de pupilles.

- tu n'aurai jamais du ! rugit il sans que sa bouche gercée à l'extrême ne s'ouvre.

Et alors tout changea. Le blanc vira au noir d'encre et la figure du moine s'estompa tel du sable balayé par le vent. Gabriel se retrouva dans des ténèbres abyssales.

 

 

 

 

Le secouriste au visage perlé de sueur renonça à continuer et retira ses mains engourdies du torse sanguinolent de l'adolescent.
- décès à...le secouriste consulta sa montre...19 heures 35 déclara t il alors que ses collègues recouvrait le corps d'un linceul.

 

 

 

 

 Une longue file d'attente s'étendait à perte de vue comme attirée par une force irrésistible et invisible . Des hommes, des femmes et des enfants de tous âges et de toutes les origines se suivaient en file indienne le long d'une falaise escarpée baignée dans une obscurité surnaturelle. Il ne faisait ni froid ni chaud et il n'y avait pas de vent. Des personnes se penchaient de temps en temps pour tenter en vain de déceler quelque chose parmi cette noirceur insondable tandis que d'autres discutaient entre eux comme si de rien n'était, mais tous avançaient d'un même rythme lent vers une destination inconnue. Y compris Gabriel. Voilà qu'il avait retrouvé l'usage de son corps et d'une partie de sa mémoire: il se souvenait de sa rencontre avec le moine, de la voix et du soudain basculement. Que faisait il ici ? Il l'ignorait totalement. L'homme qui marchait devant lui sifflotait et, à l'image du reste de la procession, ne semblait pas s'émouvoir de ces curieuses circonstances. Gabriel lui tapota l'épaule droite.

-excusez moi mais savez vous ce que nous faisons ici ?
L'homme se retourna.
-Je n'en ai aucune idée jeune homme, il faut avancer, alors j'avance.

Au fond de lui  Gabriel ressentait aussi cette impérieuse nécessite d'aller de l'avant et de suivre les autres. Ne pas avoir d'explication rationnelle le taraudait.

- On marche vers ce qui brille se manifesta une femme dans son dos.
Il n'y avait aucune source de lumière à la ronde.
- ce qui brille ? Demanda t il, perplexe.
- Oui celle du Paradis.

Cette nouvelle aurait glacé d'effroi n'importe qui, or Gabriel ne ressentait étonnamment pas de tristesse à l'idée d'être mort. Au contraire il éprouvait même une certaine forme d'impatience à  se rendre vers se havre de paix éternelle. 
 

 

  

 qu'avez vous vu madame ?  demanda le Capitaine de Police Franck Merck.
La femme essuya une larme à l'aide de son doigt et peina à répondre.
- Un homme a fendu la foule et s'est dirigé droit sur lui, c'est tout ce que j'ai vu. J'ai même été bousculée par l'agresseur.
Le policier fronça ses sourcils. Ce témoignage anéantissait l'hypothèse d'un acte dément.
- attendez. Vous êtes en train de me dire que l'adolescent était visé personnellement?
- Oui.
C'était donc un assassina conclu t il en refermant son calepin tandis que le corps était emporté par les effectifs de la morgue parisienne.

 

 

 

 

La file s'arrêtait face à une énorme porte en pierre grise polie. Ses dimensions défiaient l'imaginaire: aussi large que haute elle remplissait l'espace par immensité majestueuse. A sa base se trouvait un être debout face à un pupitre qu'il compulsait au fur et à mesure que les gens se présentaient devant lui. Très grand, plus de deux mètres, ses bras et jambes n'étaient pas plus épais que des brindilles . Sa peau transparente luisait d'une lueur rose bleutée. Il n'avait pas de visage, seulement une surface ronde et lisse en guise de tête dont l'extrémité brillait d'une incandescente lumière.

Le tour de Gabriel arriva. Dès qu'il se plaça en face de cette créature il ressentit une explosion de joie, de bonheur et de béatitude incommensurable. La chose hocha de la tête.

Une voix raisonna dans le crâne de Gabriel.

-Bienvenue mortel, je me présente Ganéel, je suis le Gardien des âmes.

-Où suis je ?
- Au paradis voyons, du moins devant ses portes.
- C'est donc cela le Paradis ? 
- c'est ce qu'il y a derrière la porte mortel. Tu es juste à l'entrée mais dans peu de temps tu pourras t'y rendre et le contempler éternelement.
- Vous êtes l'ange chargé des...entrées?
La teine rosée de sa peau vira au violet le temps d'un instant.
- On peut dire cela. Un ange gardien qui veille au bon déroulement du système de contrôle.
- Pourquoi garder l'accès aux portes du Paradis?
- Parce que certains petits malins tentent de s'y introduire parfois. Et cela est à proscrire absolument pour votre sécurité.
- Qui pourrait vouloir faire cela?
-Les Autres
-Qui sont ces Autres ?
-Ceux de l'autre côté, nos voisins directs. Je suis sûr que tu vois à qui je fais référence. 
- vous devez parler des démons.
-Exactement.
-Ils existent ? 
- Comme nous les Anges.
-J'ai donc de la chance d'atterrir au Paradis et non pas en Enfer.
-Toutes les créatures mortelles sont vouées à aller au Paradis, la chance ne rentre pas en jeux.
-Qui va en Enfer dans ce cas ?
-Personne.
-Je ne comprends pas. Et ceux qui font le mal ?
- Dieu pardonne à tous. Ce sont les démons qui sont le mal incarné.
Ils passent leurs temps à  vous corrompre et utilisent tous les moyens pour chercher à vous exterminer. C'est notre rôle divin de vous accueillir et de vous protéger de leurs griffes.L'Enfer pour les mauvais mortels est une théorie véhiculée par les religieux pour faire craindre l' Enfer aux hommes tentés par le vice. Or Dieu pardonne aux hommes et une fois sur le sentier du Paradis les âmes sont purifiées ; les hommes sont libérés de tous les méfaits qu'ils ont pu commettre durant leurs existences sur Terre. Nous ne gardons que les vertus intrinssèques liées à votre race.
-Je suis donc mort.
- Oui. C'est toujours dur à admettre la première fois.
- La première fois?
- Il s'agit de ton premier passage devant moi. 
- Parce qu'on peut mourir plusieurs fois?
- Oui, c'est l'âme qui choisit. Beaucoup d'âmes reviennent souvent ici après un court passage sur Terre. De vieilles connaissances qui se refusent à entrer au Paradis et prèférent la morne vie terrestre.
-Je ne comprend pas.
Ganéel marqua une pause.
-Deux possibilités s'offrent à toi jeune âme: soit tu entre au Paradis, soit du redescend sur Terre sous la forme d'une nouvelle naissance. Tu ne te rappelleras de rien et tu pourras recommencer une  existence. Seule ton âme gardera la trace de ta venue ici. Et uniquement les Anges et les Autres peuvent lires les âmes.
-Pourquoi je ne me souviens de rien ?
-Parce que ton âme est encore vierge, tu n'es pas assez puissant pour te rappeler ton vécu sur Terre.
-Mais je voudrais savoir ce que j'ai été et comment je suis mort.
- quelle importance ?
Gabriel s'avoua ne pas savoir répondre à cette question.
- Veux tu vraiment le savoir maintenant que tu t'apprêtes à franchir le seuil des Portes du Paradis?
-Oui.
La créature feuilleta le registre de ses doigts élancés à la couleur rose chatoyante. 
- si tel est ton souhait, je suis dans l'obligation de te répondre. Tu fut Gabriel Charon. Né le 3 décembre 1985 à Avignon en France. Tes parents sont toujours en vie, l'un est agent des chemins de fer et ta mère est institutrice. Enfance normale, bonne éducation. Tu étais étudiant en journalisme avant que tu ne sois...
-Que je ne sois ?
La tête de Ganéel fut parcourue d'un arc électrique. Il ou elle se pencha sur lui.
- Tu pensais m'avoir avec tes subterfuges ? déclara la créature d'un ton bien peu angélique. On ne peut tromper le Registre des Vies.
-Comment ça ?
-Tu crois que je n'ai pas comprit ton petit jeu s'exclama le gardien dont le corps perdait de sa nuance rose  pour virer au rouge vif.
Jamais Gabriel n'aurait pensé qu'une créature pétrit de divine bonté puisse s'énerver.
-Je ne comprends pas...
-Silence démon,  mes frêres approchent il est trop tard pour fuir.

Plusieurs créatures semblables à Ganéel apparurent tout autour de Gabriel, elles tenaient dans leurs mains des lances d'une lumière aveuglante qu'elles pointèrent sur lui. Impressionné Gabriel recula, persuadé qu'il allait finir embroché.

-Faites disparaître ce démon de ma vue ordonna Ganéel, qu'il retourne auprès de nos anciens frères.
Avec une rapidité époustouflante l'un des gardes pivota, visa et lança son arme. L'extrémité s'enfonça dans le torse de Gabriel, sans douleur. La lumière pénétra ses chairs et se répandit le long de son corps parcouru de tremblements incontrôlables. Il tomba au sol comme un sac de poids mort, transpercé de part en part par la lance.

 

 

 
Par Monroman - Publié dans : Prologue - Communauté : Autres Mondes...
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